(Istanbul) Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré dimanche que la Turquie serait « le seul pays fiable » à avoir encore des troupes en Afghanistan après le retrait des Américains et de l’OTAN, et a dit vouloir en discuter avec Joe Biden en marge du sommet de l’OTAN lundi.

Agence France-Presse

« Les États-Unis se préparent à quitter l’Afghanistan prochainement et lorsqu’ils seront partis, le seul pays fiable qui restera pour maintenir le processus là-bas sera évidemment la Turquie », a-t-il déclaré à l’aéroport d’Istanbul, avant son départ pour Bruxelles où va se tenir le sommet.

Les États-Unis sont dans la phase finale de leur retrait d’Afghanistan, tout comme les troupes de l’OTAN, d’ici le 11 septembre – 20 ans jour pour jour après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

M. Erdogan a révélé que des responsables turcs avaient indiqué samedi à leurs homologues américains qu’Ankara était prêt à maintenir des troupes en Afghanistan, sans donner plus de détails.

Ils en sont « ravis et heureux. Nous allons pouvoir discuter du processus pour l’Afghanistan avec eux », a-t-il ajouté.

Selon des informations de presse, la Turquie serait prête à maintenir des troupes pour protéger l’aéroport de Kaboul, la principale voie de sortie pour les diplomates occidentaux et les travailleurs humanitaires.  

Un responsable turc ayant souhaité rester anonyme n’a pas exclu un maintien des forces turques en Afghanistan « à partir du moment où certaines conditions, y compris légales et financières, sont remplies ».

« Tout cela doit être discuté. Si la Turquie reste, elle le fera dans quel cadre : sous le parapluie de l’OTAN ou selon des modalités bilatérales ? Et si [elle reste] sous les auspices de l’OTAN, avec quel mandat ? », a-t-il dit.

Selon ce responsable, les pays occidentaux souhaitent que la Turquie maintienne des forces en Afghanistan et protège l’aéroport de Kaboul. « Mais pourquoi la Turquie doit-elle fournir de gros efforts si personne ne lui apporte du soutien ? Ces questions doivent être clarifiées », a souligné le responsable.

Les talibans ont dit samedi que les forces étrangères ne devaient garder « aucun espoir » de maintenir une présence militaire en Afghanistan, et que la sécurité des ambassades et de l’aéroport serait de la responsabilité des Afghans.

M. Erdogan a également assuré que la Turquie voulait tourner une page dans ses relations avec l’administration Biden, alors que les relations entre les deux pays sont toujours tendues.

« Il y a eu des rumeurs ici et là. Nous devons les laisser derrière nous et discuter de ce que nous pouvons faire », a-t-il déclaré.

Mais la Turquie ne veut pas d’une approche américaine avec « des si et des mais », a-t-il souligné.

Les relations turco-américaines se sont détériorées depuis que Joe Biden a succédé en janvier à la Maison-Blanche à Donald Trump, allié de M. Erdogan.

Le président Biden a notamment reconnu le génocide arménien sous l’empire ottoman pendant la Première guerre mondiale, suscitant la colère d’Ankara.

« Cela nous a sérieusement attristés […] La Turquie n’est pas un pays ordinaire. C’est un allié des États-Unis », a affirmé M. Erdogan.