(Vienne) L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) s’est déclarée « vivement préoccupée » par la possible présence de matière nucléaire sur un site iranien non déclaré, selon un rapport consulté mardi par l’AFP à Vienne.

Agence France-Presse

Ces propos interviennent dans un contexte tendu, alors que l’Iran a commencé à limiter les inspections de l’agence onusienne, après l’expiration d’une échéance fixée par Téhéran pour la levée des sanctions américaines.  

L’AIEA avait déjà pointé ce site dans son rapport de novembre, jugeant les explications de la République islamique « non crédibles ». Il s’agit d’un entrepôt du district de Turquzabad, dans la capitale.

« La présence de particules d’uranium anthropogénique (résultant d’activités humaines), non déclarées par l’Iran, traduit clairement la présence de matériel nucléaire et/ou d’un équipement contaminé par du matériel nucléaire à cet endroit », écrit l’agence.

« Au bout de 18 mois, l’Iran n’a toujours pas fourni les explications nécessaires, entières et techniquement crédibles », poursuit-elle, précisant que son directeur général Rafael Grossi, qui s’est rendu ce week-end à Téhéran, a redit « son inquiétude face au manque de progrès » sur la question.

Téhéran continue par ailleurs à accumuler de l’uranium faiblement enrichi, dont la quantité dépasse désormais de 14 fois la limite autorisée par l’accord de 2015, d’après ce document qui sera examiné lors d’un Conseil des gouverneurs la semaine prochaine.

Elle atteignait à la date du 16 février 2967,8 kilos pour un plafond fixé à 202,8 kilos (ou 300 kilos équivalent UF6). Dans le précédent rapport, ce stock était de 2442,9 kilos.

En riposte au retrait américain du pacte, Téhéran s’est affranchi progressivement depuis 2019 de nombreuses limitations qu’il avait accepté d’imposer à son programme nucléaire en échange d’un allègement des sanctions à son encontre.

L’Iran avait ainsi annoncé début janvier avoir repris l’enrichissement à hauteur de 20 %, dans ce qui a constitué le plus spectaculaire de ses désengagements.

Un mois plus tard, il a dit entamer la production d’uranium métal pour alimenter son réacteur de recherche à Téhéran, or cette matière peut être utilisée dans la fabrication d’armes nucléaires.  

Malgré ses démentis, l’Iran est accusé de chercher à se doter de l’arme atomique, notamment par Israël, son ennemi juré.

Londres, Paris et Berlin condamnent la limitation des inspections

Plus tôt dans la journée, Londres, Paris et Berlin avaient dénoncé mardi dans un communiqué commun la limitation « dangereuse » par l’Iran des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur ses activités nucléaires.

L’Iran a mis en œuvre ces limitations mardi après l’expiration d’une échéance fixée par Téhéran pour la levée des sanctions américaines.

« Nous, ministres des Affaires étrangères de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni, regrettons profondément que l’Iran ait commencé […] à suspendre le protocole additionnel et les mesures de transparence » de l’accord sur le nucléaire iranien, déclarent-ils, soulignant la « nature dangereuse » de la décision de Téhéran.

« Nous appelons l’Iran à cesser et à revenir en arrière sur toutes les mesures qui réduisent la transparence et à coopérer pleinement avec l’AIEA », poursuivent les chefs de la diplomatie des trois pays, cosignataires du texte de 2015 avec les États-Unis-qui en sont sortis en 2018-la Russie et la Chine.

Ils soulignent que leur « objectif reste de préserver l’accord et de soutenir les efforts diplomatiques en cours pour une solution négociée, qui permette le retour de l’Iran et des États-Unis au plein respect de leurs engagements ».

L’Iran a cessé de respecter ses engagements en matière nucléaire après le retrait unilatéral en 2018 des États-Unis de Donald Trump de l’accord de Vienne et le rétablissement des sanctions américaines qui asphyxient l’économie iranienne.

L’accord signé par Téhéran en 2015 avec les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie, Allemagne, France, Royaume-Uni) ainsi que l’UE vise à empêcher la République islamique de se doter de la bombe atomique, avec de strictes limites à son programme nucléaire censé demeurer exclusivement civil et pacifique. La communauté internationale avait en échange levé toutes ses sanctions économiques contre l’Iran.

Le président américain Joe Biden a promis de rejoindre à nouveau cet accord, mais à la condition que Téhéran revienne au préalable au respect des engagements dont il a commencé à s’affranchir en riposte aux sanctions des États-Unis sous Donald Trump.