(Ryad et Dubaï) Les rebelles houthis du Yémen ont attaqué mercredi l’aéroport international d’Abha dans le sud de l’Arabie saoudite en affirmant avoir visé des objectifs militaires, la coalition menée par Riyad évoquant elle un « crime de guerre » mettant en danger des civils.

Anuj CHOPRA et Shatha YAISH
Agence France-Presse

Cette escalade intervient à contre-courant d’une tentative d’apaisement marquée par la révision de la stratégie américaine sur le Yémen, qui laisse entrevoir l’espoir d’une reprise du processus de règlement politique d’un conflit durant depuis plusieurs années.

Les États-Unis ont d’ailleurs condamné l’attaque et renouvelé leur appel aux rebelles à « cesser immédiatement ces agressions » et à « démontrer un engagement réel à participer de manière constructive à des négociations de paix ». « Nous n’avons pas l’intention de relâcher la pression sur ceux qui sont responsables de ces attaques », a dit le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price.

Des images publiées par les médias officiels saoudiens montrent le fuselage d’un avion éventré dans cette attaque qui a coïncidé avec une visite à Riyad du nouvel émissaire américain au Yémen, Timothy Lenderking. Ce dernier s’est entretenu avec le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Fayçal ben Farhane.

Les médias officiels ont aussi diffusé des images de ce qu’ils ont décrit comme les restes d’un drone, semblant montrer notamment des morceaux de moteur sur le tarmac de l’aéroport.

« Une attaque lâche a été lancée par la milice terroriste des houthis contre l’aéroport international d’Abha. Un avion au sol a subi un incendie, qui a été maîtrisé », a indiqué la télévision d’État saoudienne El-Ekhbariyah, dénonçant « un crime de guerre » qui « met en péril la vie de voyageurs civils ».

Citant la coalition dirigée par l’Arabie saoudite qui soutient militairement le gouvernement yéménite depuis 2015 face aux rebelles, la chaîne n’a pas fait état de victimes ni précisé si des passagers se trouvaient à bord de l’appareil au moment de l’attaque.

« Réponse aux raids »

La coalition avait indiqué plus tôt avoir intercepté deux drones armés lancés vers le sud du royaume par les rebelles houthis, qui sont soutenus par l’Iran.

Dans la capitale yéménite Sanaa qu’ils contrôlent, les houthis ont annoncé avoir ciblé une aire de stationnement de l’aéroport utilisée pour « attaquer militairement le peuple yéménite ».

Quatre drones de type Samad-3 et un engin de type 2k ont été utilisés et ont « atteint leurs cibles », a affirmé sur Twitter Yahya Sarie, un porte-parole des insurgés.

Le ministre de l’Information yéménite Mouammar al-Iryani a dénoncé sur Twitter une opération téléguidée par l’Iran pour « déstabiliser la région », en référence au grand rival régional de Riyad.

« Le régime agressif d’Arabie saoudite a ignoré tous nos appels à ne pas utiliser les aéroports civils pour de fins militaires », a répliqué le porte-parole rebelle. « Cette opération est une réponse aux raids aériens (de la coalition) et au blocus imposé à notre peuple », a-t-il ajouté.

Mardi, le « ministre » des Affaires étrangères des houthis avait déjà déclaré que les opérations des insurgés visant l’Arabie saoudite étaient menées en riposte aux raids de l’aviation saoudienne au Yémen.

« Actions déstabilisatrices »

« J’ai un message à la nouvelle administration américaine et aux Saoudiens : arrêtez vos attaques et nous arrêterons nos attaques. C’est aussi simple que ça », avait clamé Hicham Charaf.

Il avait par ailleurs indiqué que les rebelles étaient intervenus dans la région de Marib, à l’est de Sanaa, contre des « mouvements de groupes extrémistes » venus renforcer les forces fidèles au président Abd Rabbo Mansour Hadi.

L’aviation saoudienne est intervenue contre les rebelles et « nous nous sommes trouvés dans l’obligation de riposter », avait-il affirmé, en référence déjà à des tirs de drones armés en direction de l’Arabie saoudite.

Le nouveau président américain Joe Biden a révisé la politique de son pays à l’égard du conflit, cessant de soutenir militairement les opérations de la coalition au Yémen et retirant les houthis d’une liste d’organisations terroristes.

Mais Washington a réaffirmé son engagement à aider les Saoudiens à protéger leur territoire des attaques étrangères.

À son tour, Paris a appelé mardi les houthis à mettre un terme à leurs « actions déstabilisatrices ».

La guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, selon des organisations internationales, et provoqué la pire crise humanitaire actuellement dans le monde, d’après l’ONU.