(Bagdad) Deux manifestants antigouvernementaux ont été tués mardi et plusieurs blessés en Irak, où une chaîne d'information qui a couvert le mouvement de contestation ces derniers mois a été interdite de diffusion.  

Agence France-Presse

Les protestataires maintiennent la pression malgré les violences qui ont fait plus de 480 morts, en grande majorité des manifestants, depuis le 1er octobre.  

PHOTO -, AFP

Des manifestants ont dressé des barricades et allumé des pneus pour bloquer un pont dans la ville de Nasiriyah, lors de manifestations dénonçant la corruption et réclamant des élections anticipées.

Mardi, un manifestant a été tué par balles dans des heurts avec la police dans la ville de Kout, selon des sources médicale et de sécurité.

Un prof d'université tué par balles dans sa voiture

A Bagdad, Mohammad Alwan, professeur à l’université Mustansariyah, a été tué par balles au volant de sa voiture, ont indiqué des sources médicale et de sécurité. Il avait l’habitude de manifester sur la place Tahrir de la capitale.

Près de Tahrir, des manifestants ont tenté de bloquer des routes et envoyé des pierres sur les policiers, qui ont répondu par des tirs à balles réelles et des gaz lacrymogène.

PHOTO HUSSEIN FALEH, AFP

Une étudiante irakienne portant un masque destiné à la protéger contre les effluves de gaz lacrymogènes, avant une manifestation à Bassora dénonçant la corruption et réclamant des élections anticipées.

Près de 15 manifestants ont été blessés, selon des médecins.

D’autres manifestations, émaillées de heurts, ont eu lieu dans le sud, à Bassora, Amarah, Hilla, Nassiriya, Najaf.

« Nous renouvelons nos demandes pour un premier ministre et une nouvelle loi électorale. Si (les dirigeants) procrastinent, nous intensifierons notre mouvement pacifique », a affirmé Ajwad Ali, manifestant à Nassiriya.

Les protestataires réclament notamment des élections anticipées et dénoncent la corruption.

La chaîne d'information télé Al-Dijila fermée

Ces affrontements interviennent au lendemain de la fermeture pour un mois de la chaîne régionale de télévision Al-Dijla, qui a couvert quotidiennement les manifestations ces derniers mois, malgré des pressions.

PHOTO HUSSEIN FALEH, AFP

Une manifestation avait eu lieu le 17 janvier pour protester contre l'assassinat d'un journaliste et d'un caméraman de la station télé Al-Dijla, de Basra, qui couvraient les manifestations anti-gouvernement. Le journaliste Ahmad Abdessamad, 37 ans (sa photo est sur la voiture, à droite) et le caméraman Safaa Ghali, 26 ans, ont été abattus dans leur voiture stationnée près d'un poste de police, par des hommes armés arrivés à bord d'un 4X4. Al-Dijila a été fermée aujourd'hui par le gouvernement irakien.

« Les forces du ministère de l’Intérieur ont fermé tous les bureaux d’Al-Dijla à Bagdad hier (lundi) soir et ont demandé aux équipes de partir », a indiqué à l’AFP un employé de la chaîne.  

Un responsable du ministère de l’Intérieur a confirmé que des membres des forces de sécurité s’étaient rendus lundi dans les bureaux d’Al-Dijla à Bagdad, où travaillent 80 employés. Cinquante autres travaillent au siège de la chaîne dans la capitale jordanienne Amman, d’où elle émet.  

« Le gouvernement irakien a demandé à la Jordanie de stopper la diffusion de la chaîne pour un mois, sur la base d’une plainte irakienne », a ajouté l’employé, sous couvert d’anonymat.

Dès lundi, seule une image du logo de la chaîne était visible sur son canal.

Le journaliste assassiné avait publié des topos critiquant l'Iran

Le 10 janvier, des hommes non identifiés ont mené une descente dans les locaux de Bagdad, et un correspondant et un cameraman de la chaîne ont été abattus à Bassora.

PHOTO D'ARCHIVES HUSSEIN FALEH, AFP

Des manifestants dénonçant le musèlement des médias portent une boîte drapée du drapeau irakien, symbolisant le cercueil d'un des deux reporters assassinés le 10 janvier dernier. Le journaliste Ahmad Abdessamad, 37 ans (sa photo est sur la voiture, à droite) et le caméraman Safaa Ghali, 26 ans, ont été abattus dans leur voiture stationnée près d'un poste de police, par des hommes armés arrivés à bord d'un 4X4. Al-Dijila a été fermée aujourd'hui par le gouvernement irakien.

Avant d’être tué, le correspondant Ahmad Abdessamad, 37 ans, avait indiqué avoir été menacé par des groupes armés irakiens pour ses critiques contre le puissant voisin iranien.

Interview musclée en direct

Le 20 janvier, le présentateur d’Al-Dijla Nabil Jassem s’est disputé en direct avec le porte-parole du premier ministre pour les affaires militaires, Abdelkarim Khalaf, qui a refusé de répondre à une question sur le nombre de blessés lors des manifestations.

« Al-Dijla paye le prix de la vérité », a estimé son directeur administratif, Jamal al-Karbouli.

Selon Haidar al-Maytham, membre du syndicat irakien des journalistes, « des désaccords politiques et différences d’opinion entre l’administration de la chaîne et les responsables irakiens ont mené à la fermeture ».

Des ONG ont appelé l’Irak à protéger les journalistes couvrant les manifestations.