(Beyrouth) La grande majorité des manifestants arrêtés ces dernières 48 heures ont été relâchés jeudi au Liban, pays secoué par un mouvement de contestation inédit contre la classe politique accusée de corruption et d’incompétence, ont indiqué des avocats.

Agence France-Presse

En soirée, quelques centaines de personnes sont descendues à nouveau dans la rue, se rassemblant devant le siège du Parlement dans le centre de Beyrouth et à proximité. Des Libanais ont également manifesté devant les sièges de la Banque centrale du Liban et du ministère de l’Intérieur dans la capitale libanaise.  

PHOTO JOSEPH EID, AFP

Un manifestant antigouvernemental fait le signe de la victoire devant une barricade en flammes à Beyrouth le 15 janvier.

Les protestataires ont hué la ministre de l’Intérieur démissionnaire Raya al-Hassan et dénoncé le retard pris dans la formation d’un gouvernement de technocrates, réclamé par la rue, après la démission du premier ministre Saad Hariri fin octobre, la situation socio-économique ne cessant de se dégrader.

Dans le quartier de Hamra, des manifestants ont vandalisé en fin de soirée trois banques, selon un photographe de l’AFP, brisant des vitrines et arrachant des distributeurs automatiques de billets.  

L’agence nationale de l’information (ANI) a fait état d’un cocktail molotov lancé contre l’une des banques.    

Mardi et mercredi, la capitale libanaise a été le théâtre de violences nocturnes marquées par des actes de vandalisme contre plusieurs banques.  

Les Libanais sont furieux depuis l’entrée en vigueur ces dernières semaines de restrictions draconiennes sur les retraits, imposées par les banques qui sont accusées par des protestataires de complicité avec le pouvoir.

« Toutes les personnes arrêtées ont été relâchées à l’exception de sept étrangers qui seront déférés » devant les autorités compétentes, a indiqué le Comité des avocats pour la défense des manifestants sur sa page Facebook. Il avait fait état de la détention de 101 personnes dont des mineurs.  

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Un émeutier a fracassé la vitrine d’une banque mercredi. De nombreux établissements commerciaux ont été vandalisés.

Les étrangers toujours retenus sont six Syriens et un Egyptien, selon un membre du comité.  

Mardi, 59 personnes soupçonnées d’actes de vandalisme et d’agressions avaient été arrêtées, selon les forces de l’ordre.  

« Sous la pression populaire, tous les détenus ont été libérés deux jours après une répression hystérique », a écrit sur Twitter l’avocat et militant Nizar Saghiyé.

« Les forces de sécurité ont brutalement battu des manifestants […] les maltraitant verbalement et physiquement », a écrit Amnistie internationale. « Les agissements d’une poignée de manifestants ayant vandalisé des banques ou lancé des pierres ne justifient jamais un tel recours excessif à la force ».  

Mercredi soir, la Croix-Rouge libanaise a indiqué avoir soigné 84 blessés dans les deux camps après des heurts entre forces de l’ordre et manifestants.  

Des journalistes ont également été blessés par les forces de l’ordre.

PHOTO ANWAR AMRO, AFP

La police antiémeute a été déployée dans les rues de Beyrouth.

Jeudi, une réunion a eu lieu entre M. Hariri, le gouverneur de la Banque centrale et le ministre sortant des Finances pour discuter de la crise économique et des prochaines échéances de dette.

Le Liban croule sous une dette publique d’environ 90 milliards de dollars, soit plus de 150 % du PIB.  

De plus, la monnaie nationale a perdu de sa valeur sur le marché parallèle — 2500 livres pour un dollar contre un taux officiel de 1507 livres/dollar.  

Après la démission de Saad Hariri, Hassan Diab a été nommé en décembre pour former un nouveau gouvernement mais les tractations traînent, au grand dam du mouvement de contestation déclenché le 17 octobre.  

Une nouvelle équipe ministérielle pourrait toutefois voir le jour vendredi, selon des médias locaux.