(Jérusalem) Bombe diplomatique lundi au Moyen-Orient avec la première visite révélée d’un chef de gouvernement israélien en Arabie saoudite, en l’occurrence Benyamin Nétanyahou qui y a rencontré en secret ce week-end le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), selon des sources israéliennes.

Guillaume LAVALLÉE
Agence France-Presse

Cette rencontre a ensuite été démentie par un responsable saoudien mais, selon la presse israélienne et une source gouvernementale qui a confirmé à l’AFP, M. Nétanyahou s’est envolé dimanche soir dans un jet privé avec Yossi Cohen, le chef du Mossad – les services de renseignements extérieurs israéliens –, pour se rendre à Nenom, ville futuriste située dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, près d’Israël.

Interrogé lundi au Parlement par un membre de son parti lui ayant dit : « Monsieur le premier ministre, nous avons entendu dire que vous aviez fait une visite en Arabie saoudite », M. Nétanyahou a rétorqué, sans nier : « Êtes-vous sérieux ? Je n’ai jamais commenté ce genre de choses ».

En août, le premier ministre avait déjà affirmé qu’il y a « beaucoup » de « rencontres non médiatisées avec des leaders arabes et musulmans pour normaliser les relations avec l’État d’Israël » sans toutefois détailler la liste de ces entretiens.

De son côté, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhane, a soutenu lundi sur Twitter qu’« aucune réunion de ce type n’a eu lieu » dimanche en Arabie saoudite. « Les seuls responsables présents étaient américains et saoudiens », a-t-il asséné.

Selon la presse israélienne et un haut responsable contacté par l’AFP, Benyamin Nétanyahou s’est notamment entretenu avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo qui était bien en Arabie saoudite et a écrit sur son compte Twitter avoir eu des entretiens « constructifs » à NEOM avec Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume saoudien.

« Notre partenariat sécuritaire et économique est fort et nous allons continuer à le développer afin de contrer l’influence nocive de l’Iran dans la région », a ajouté M. Pompeo, qui a fait ces derniers jours une tournée au Moyen-Orient au cours de laquelle il a visité Israël.  

Israël a annoncé ces derniers mois des accords de normalisation de ses relations avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, mais aussi le Soudan, sous le parrainage des États-Unis du président Donald Trump, un allié clé de M. Nétanyahou qui doit quitter ses fonctions, comme M. Pompeo, en janvier.

« Dans toutes mes années à titre de premier ministre, je n’ai épargné aucun effort pour renforcer et élargir le cercle de la paix. Et avec l’aide de Dieu, nous y parvenons avec nos voisins, avec les Émirats, Bahreïn et le Soudan et j’espère que ce cercle continuera de croître », a déclaré lundi M. Nétanyahou.

À ce propos, une délégation israélienne se rendait lundi au Soudan pour la première fois depuis l’accord de normalisation, le 23 octobre, entre les deux pays, a indiqué à l’AFP un responsable israélien.  

Et sous Biden ?

Avec l’arrivée en janvier de Joe Biden à la Maison-Blanche, plusieurs analystes s’interrogent sur le futur de la normalisation en cours des relations entre Israël et des pays arabes, soutenue et défendue par l’administration Trump sur la base d’une union face à la « menace » iranienne.

Si Joe Biden engage – contrairement à Donald Trump – des discussions avec l’Iran, qu’adviendra-t-il de ces accords, se demandent analystes et commentateurs interrogés ces dernières semaines par l’AFP.

Plusieurs s’attendent à ce que les démocrates américains soient plus durs à l’égard de Riyad en raison du bilan saoudien en matière de droits fondamentaux, notamment après l’affaire Khashoggi, et tentent à la fois de renouer le dialogue avec les Palestiniens.

L’Autorité palestinienne a qualifié de « trahison » les récents accords de normalisation.

Riyad avait clairement dit qu’il ne suivrait pas l’exemple des Émirats et de Bahreïn, qui ont rompu un « consensus arabe » conditionnant toute normalisation avec Israël à un règlement du conflit israélo-palestinien.

Si les Saoudiens « ne sont pas heureux » de voir la rencontre Nétanyahou/MBS fuiter dans la presse, ils sont aussi préoccupés par leur image au Congrès américain, ce qui pourrait les pousser à normaliser leurs relations avec Israël sous la présidence de Joe Biden, note Yoel Guzansky, analyste sénior à l’Institut national des études stratégiques de Tel Aviv.

« Il y a de nombreuses critiques non seulement de Biden, de certains de ses proches et du Congrès en particulier sur ce qu’a fait l’Arabie saoudite ces quatre dernières années. Normaliser (avec Israël) sous Biden pourrait rehausser l’image de l’Arabie saoudite, pour montrer qu’ils ont un joueur raisonnable dans la région », dit-il à l’AFP.

Mais un accord de normalisation, s’il intervient, se ferait aussi à un prix « élevé » et les Saoudiens demanderont, à l’instar des Émirats, un « tas de choses » comme des « armes de pointe », ajoute cet analyste en référence aux jets de combats F-35 de dernière génération que les États-Unis ont accepté de vendre à Dubaï après l’accord de normalisation israélo-émirati.