Au moins 25 membres des forces de sécurité ont péri dans une embuscade attribuée aux talibans par les autorités, alors que, quelques heures plus tard, onze femmes trouvaient la mort dans un mouvement de foule mercredi, nouvelle journée sanglante en Afghanistan.

Noorollah SHIRZADA à Jalalabad, Hakim HASAS à Kunduz
Agence France-Presse

Le premier incident s’est produit dans la nuit de mardi à mercredi dans la province de Takhar (nord-est), où des soldats afghans, « en route pour une opération dans le district », « ont été attaqués par les talibans », a déclaré Jawad Hejri, le porte-parole du gouverneur provincial.

« Les talibans avaient pris position dans les maisons autour de la zone. Ils ont tendu une embuscade à nos forces », a-t-il raconté à l’AFP, ajoutant que les combats se poursuivaient et qu’il y avait aussi « beaucoup de victimes » côté rebelles.  

Abdul Qayoum, directeur des services de santé de la province, a confirmé l’attaque en faisant état de 34 membres des forces de sécurité tués, parmi lesquels un cadre de la police.

Les talibans, qui participent actuellement à des négociations de paix avec le gouvernement afghan, n’ont pas revendiqué l’embuscade. Mais ils ont indiqué avoir « affronté l’ennemi » à Takhar en représailles après plusieurs attaques contre leurs combattants.

Les talibans ont conclu fin février un accord historique avec les États-Unis, dans lequel ils s’engagent notamment à ne plus attaquer les villes, mais ont multiplié les assauts depuis le démarrage du « dialogue interafghan » en septembre.

Près de 40 000 personnes ont fui leurs maisons du fait d’une de leurs récentes offensives dans le Helmand (sud), a indiqué l’ONU mercredi, alors qu’une attaque à la voiture piégée attribuée aux rebelles a fait 16 morts et 154 blessés dimanche dans l’ouest.

« Ce niveau de violence complique énormément les négociations », a commenté Nader Naderi, un négociateur de Kaboul, dans un message à l’AFP. « De telles situations démontrent l’urgence d’un cessez-le-feu », que les talibans refusent d’envisager, a-t-il poursuivi.

L’accord américano-taliban prévoit un retrait complet des troupes étrangères d’Afghanistan en échange de vagues promesses des insurgés. Les négociations de paix incluses dans ce texte n’ont toutefois commencé qu’en septembre à Doha, au Qatar, avec beaucoup de retard.

Cohue mortelle

Quelques heures après l’incident de Takhar, onze femmes ont trouvé la mort lors d’une bousculade à proximité du consulat du Pakistan de Jalalabad (est), selon les autorités.

Des « dizaines de milliers » de demandeurs de visa étaient rassemblées dans un stade de football proche de l’emprise diplomatique pakistanaise, où les autorités leur avaient demandé de patienter, a indiqué Attaullah Khogyani, le porte-parole de la province du Nangarhar, dont Jalalabad est la capitale.

Le Pakistan a repris la délivrance de visas à Jalalabad après une interruption de sept mois en raison de la pandémie de coronavirus, provoquant un afflux exceptionnel de demandes, a-t-il expliqué.

Outre les onze mortes, Zaher Adel le porte-parole de l’hôpital provincial du Nangarhar, a dénombré dix blessés, contre treize pour M. Khogyani. Naser Kamawal, un membre du conseil provincial du Nangarhar, a de son côté fait état de 15 tués et 15 blessés.

D’après Abdul Ahad, un témoin, la priorité avait été donnée aux femmes afin qu’elles attendent au-devant de la foule, alors que les rassemblements mixtes sont culturellement interdits dans la culture afghane.  

« Quand les responsables ont annoncé que les portes étaient ouvertes le matin, tout le monde s’est précipité pour rentrer dans le stade », a-t-il raconté à l’AFP. « Les femmes, dont la plupart étaient âgées et qui se trouvaient au premier rang, sont tombées. Elles n’ont pas pu se relever ».

Une d’elles, qui a survécu à la bousculade, a indiqué à l’AFP avoir vu une femme « accoucher sur place » après avoir été piétinée. « Nous l’avons aidée, mais son bébé était mort », a-t-elle narré sous couvert d’anonymat.

Jalalabad est la capitale de l’Est afghan, située à une centaine de kilomètres de la frontière du Pakistan.