(Bagdad) Trois enfants et deux femmes d’une même famille irakienne ont été tués lundi par une roquette qui visait l’aéroport de Bagdad, où sont stationnés des soldats américains, un bilan inédit dans un pays où les tirs de roquettes sont pourtant devenus quasi quotidiens.

Sarah BENHAIDA
Agence France-Presse

Cette attaque n’a pas été revendiquée alors qu’habituellement des groupes obscurs – faux-nez des pro-Iran selon les experts – affirment tirer ces roquettes pour bouter « l’occupant américain » hors d’Irak.

Le lourd bilan civil place toutefois ces groupes dans une position inconfortable vis-à-vis d’une opinion publique excédée par des années de violences et de rançonnements des diverses factions armées du pays.

Surtout, cette nouvelle attaque contre des intérêts américains, la dernière d’une série d’une quarantaine depuis début août, intervient alors que Washington a menacé de fermer son ambassade et de retirer ses 3000 soldats d’Irak si les tirs de roquette ne cessaient pas.

Ces attaques – qui ont commencé en octobre 2019 – n’ont fait que de très rares victimes. Deux soldats britannique et américain ont été tués, ainsi qu’un sous-traitant américain, de même qu’un soldat et un sous-traitant irakiens. Des civils ont également été blessés lorsque des roquettes ont touché leur maison.

C’est la première fois toutefois qu’autant de civils meurent lors d’une attaque de ce type. Selon l’armée, deux autres enfants ont été blessés dans l’attaque.

L’armée irakienne, elle, a accusé « des gangs criminels et des bandes de hors-la-loi » qui cherchent à « créer le chaos et terroriser les gens » dans son communiqué publié lundi soir.

D’octobre à fin juillet déjà, 39 attaques à la roquette avaient visé des intérêts américains. Les hauts gradés américains considèrent depuis un an que les groupes armés pro-Iran sont un danger plus grand que les djihadistes du groupe État islamique (EI) qui ont un temps tenu un tiers de l’Irak.

Pression de Washington

Washington ne cesse de réclamer à Bagdad des actions décisives contre ces groupes. Mais l’Irak doit aussi composer avec son grand voisin iranien, qui arme, finance et soutient de nombreuses factions chiites armées.

L’ultimatum américain, assorti de menaces de sanctions contre des personnalités politiques et militaires irakiennes, a toutefois mené à une série de communiqués visant à l’apaisement cette semaine.

Le très influent leader chiite Moqtada Sadr a appelé à « créer une commission sécuritaire, militaire et parlementaire pour enquêter » sur les tirs de roquettes. Une proposition aussitôt reprise à son compte par le premier ministre Moustafa al-Kazimi, accusé par des responsables américains de ne pas en faire assez contre les pro-Iran.  

Autre fait significatif, le Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-Iran désormais intégrés à l’État, a mis à l’écart plusieurs commandants accusés d’être liés à des attaques contre les Occidentaux. Il s’est en outre dégagé de toute responsabilité quant aux actes de « parties se réclamant de lui » pour « mener des actes militaires illégaux contre des intérêts étrangers ».

Si les forces pro-Iran les plus modérées suivent désormais la ligne gouvernementale, les plus radicales, elles, continuent de manier la rhétorique guerrière.

Car, a affirmé un diplomate occidental à l’AFP sous le couvert de l’anonymat, « si Washington se retire, ces groupes pourront se vanter d’avoir bouter les Américains hors d’Irak à peu de frais ».

Un retrait serait aussi un coup dur pour M. Kazimi, qui bataille déjà pour obtenir un vote sur la loi électorale et le budget, et n’a ni parti ni base populaire.  

Et ce, alors même que les contestataires anti-pouvoir en Irak s’apprêtent à célébrer jeudi le premier anniversaire d’une révolte inédite, qui a mené à la démission du gouvernement précédent.