(Beyrouth) Plusieurs centaines de Libanais ont organisé samedi une marche vers le palais présidentiel pour dénoncer l’incurie de l’État et l’absence de progrès dans l’enquête sur l’explosion meurtrière au port de Beyrouth, 40 jours après le drame ayant dévasté une partie de la capitale.

Agence France-Presse

Partis depuis le palais de Justice à Beyrouth où ils s’étaient rassemblés en début d’après-midi, les manifestants, certains munis de drapeaux libanais en noir, ont marché jusqu’à la route menant au palais présidentiel, mais ont été stoppés par un grand dispositif militaire, selon des photographes de l’AFP.

Scandant des slogans du mouvement de contestation né à l’automne dernier contre l’ensemble de la classe dirigeante accusée de corruption et d’incompétence, certains manifestants ont appelé à la démission du président Michel Aoun.

Des centaines de partisans du chef de l’État s’étaient également rassemblés dans le secteur, et l’armée a tenté de faire tampon entre les deux camps.

Des accrochages ont éclaté entre certains manifestants et l’armée, qui a tiré en l’air pour disperser les contestataires.  

« Il n’est pas possible qu’après une explosion comme celle du 4 août, personne n’ait encore été jugé, le pays est en train de s’effondrer et eux continuent de se partager » le gâteau, a déploré à l’AFP Layal Tohmé, une manifestante, en allusion à la classe politique dirigeante.

« Je suis venue ici pour faire chuter ce système corrompu qui existe depuis 30 ans, nous voulons déloger Michel Aoun, cela suffit ! », a renchéri Clara Moukahal, une manifestante de 19 ans.

L’explosion le 4 août d’une quantité de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth a tué plus de 190 personnes, blessé 6500 autres et laissé 300 000 personnes sans-abri.

Les principaux dirigeants libanais, en premier lieu M. Aoun et le premier ministre démissionnaire Hassan Diab, avaient été avertis des dangers que représentait la cargaison stockée dans le port.

Ce drame de trop dans un pays en pleine crise politique et économique a attisé la colère contre la classe politique quasi inchangée depuis des décennies.  

Le ras-le-bol populaire a été accentué davantage par la faible mobilisation de l’État après le drame pour venir en aide aux populations sinistrées, une tâche assumée principalement par la société civile, des ONG et des volontaires, mais aussi par un énorme incendie survenu mardi au port de Beyrouth, cinq semaines seulement après l’explosion.    

Pour les contre-manifestants, le chef de l’État n’y est pour rien.  

« Je suis venue soutenir le président, parce qu’il n’est pas acceptable à chaque fois qu’il arrive quelque chose de tenir le président pour seul responsable […] C’est le président de notre pays et il doit être respecté », a affirmé Darine Hourani.  

Au total, quelque 25 personnes ont été arrêtées après le drame du 4 août, notamment des responsables du port, des douanes et des appareils sécuritaires.

Aucun haut responsable politique n’a été arrêté.

Beyrouth a rejeté les appels à une enquête internationale.