(Beyrouth) « Quoi maintenant ? En plus de ce désastre, la catastrophe du corona ? », lâche Roxane Moukarzel. Encore sous le choc de la déflagration dévastatrice du 4 août à Beyrouth, les Libanais se reconfinement vendredi après un pic de cas de la maladie de COVID-19.

Alice HACKMAN
Agence France-Presse

Au confinement pendant 17 jours s’ajoute un couvre-feu nocturne. Un nouveau record de cas a été enregistré ces dernières 24 heures (628 dont trois décès) au Liban, ce qui porte le bilan total officiel à 11 580 cas dont 116 décès.

Au premier jour, le confinement a été partiellement respecté selon les régions libanaises, a indiqué l’Agence nationale d’information. Mais au début du couvre-feu, les rues sont devenues quasi désertes.  

Inquiète des conséquences de l’épidémie, Mme Moukarzel se félicité du reconfinement, en particulier après l’explosion au port de Beyrouth qui a fait au moins 181 morts et plus de 6000 blessés, et ravagé des quartiers entiers.

Un premier confinement d’un mois a été imposé en mars, avant d’être progressivement levé, mais l’aéroport de Beyrouth n’a rouvert que le 1er juillet avec une activité réduite. Un nouveau confinement fin juillet n’a duré que cinq jours en raison de l’explosion. L’aéroport fonctionne encore normalement.

« D’un point de vue économique, fermer le pays n’est pas une bonne chose car les gens veulent vendre, mais mieux vaut qu’ils perdent un peu au lieu de tomber malades », affirme Mme Moukarzel, une mère de famille de 55 ans.

« Il n’y a plus de place dans les hôpitaux. Où vont-ils mettre » les malades ?

Les autorités redoutent que le secteur de la santé ne peine à répondre à la hausse des infections, surtout que certains hôpitaux près du port ont été très endommagés.

Pas « d’engagement général »

Le ministre démissionnaire de la Santé, Hamad Hassan, a déploré un « retour à la case départ » dans l’épidémie, appelant hôpitaux privés et publics à se mobiliser et révélant un accord en gestation avec la Banque mondiale pour financer la prise en charge des patients atteints du virus.  

Pour Samer Harmouch, un inconditionnel du jogging en bordure de mer, le confinement « ne sert à rien ».

« Ils décident de fermer pendant deux semaines puis d’ouvrir », affirme-t-il, déplorant l’absence « d’engagement général » durant le confinement.

Les opérations de nettoyage et de secours dans les quartiers les plus touchés par l’explosion sont exclues des restrictions. Les magasins d’alimentation, supermarchés et autres commerces peuvent rester ouverts mais doivent observer des mesures de prévention.

La pandémie a aggravé la crise économique inédite au Liban, où plus de 50 % de la population vit sous le seuil de la pauvreté.  

Assis dans son atelier de menuiserie, dans un quartier de Beyrouth plus éloigné du port, Qassem Jaber, 75 ans, ne voit pas en quoi le reconfinement serait utile.

« Il n’y a pas de travail. Les gens n’ont pas d’argent et n’ont rien à manger », a-t-il affirmé, se disant déterminé à rester ouvert pour aider les gens à reconstruire leurs maisons.

« Hors de contrôle »

Mais ce musulman chiite a affirmé que le Hezbollah avait bien fait d’appeler ses partisans à éviter les grands rassemblements cette année à l’occasion de l’Achoura, qui commémore le martyre de l’imam Hussein.

En temps normal, des milliers de chiites se rassemblent dans les rues pour les commémorations, qui ont lieu vendredi.

Les autorités religieuses ont elles annoncé « la fermeture de toutes les mosquées et la suspension des prières » à partir de vendredi soir.  

« La situation est devenue hors de contrôle, il y a beaucoup de cas et les hôpitaux ne peuvent plus gérer cela », avait affirmé Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, exhortant ses partisans à se contenter de placer des drapeaux noirs devant leurs maisons et commerces pour marquer l’Achoura.

« Ils ont annulé l’Achoura pour que personne ne soit infecté », a affirmé M. Jaber. « Tous les jours, nous avons 100, 200, 300 nouveaux cas. S’ils maintiennent l’Achoura, les gens seront collés l’un à l’autre. Ce n’est pas bien. »