(Beyrouth) Les nouvelles sanctions américaines prévues par la loi César, qui doivent entrer en vigueur mercredi, ont pour objectif d’« affamer » la Syrie en guerre et le Liban voisin, a accusé mardi le chef du mouvement libanais du Hezbollah, militairement engagé au côté de Damas.

Agence France-Presse

« La loi César […] vise à affamer le Liban comme elle vise à affamer la Syrie », a fustigé le chef du mouvement chiite Hassan Nasrallah, dans une allocution télévisée. Il a estimé que cette loi était « la dernière arme » des États-Unis contre le pouvoir de Damas.

Le régime syrien, mais aussi des hommes d’affaires proches du pouvoir, sont déjà la cible de sanctions économiques américaines et européennes.

La loi César élargit l’étendue des sanctions. Elle prévoit un gel de l’aide à la reconstruction et des mesures contre des entités étrangères collaborant avec le gouvernement, et, fait inédit, les entités russes ou iraniennes présentes en Syrie.

Le pays ravagé par une guerre qui a fait plus de 380 000 morts depuis 2011 est confronté à une grave crise économique, marquée par une dépréciation de la livre syrienne et une explosion de l’inflation.

« La Syrie a remporté la guerre […] sur le plan militaire, sécuritaire et politique », a estimé M. Nasrallah. La loi César « c’est la dernière arme pour assiéger la Syrie et faire pression » sur le pays.

« On affame le peuple syrien, on porte atteinte à la livre » syrienne, a-t-il poursuivi. « Interdiction à quiconque d’avoir affaire (à la Syrie), interdiction d’acheter et de vendre, d’avoir affaire à la Banque centrale, aux banques syriennes et aux institutions étatiques », a-t-il énuméré.

La loi promulguée en décembre par le président Donald Trump prévoit des « mesures spéciales » contre la Banque centrale syrienne s’il était avéré qu’elle se livre à des opérations de blanchiment d’argent.

M. Nasrallah a assuré que « les alliés de la Syrie, qui se sont tenus à ses côtés durant la guerre […] n’abandonneront pas la Syrie face à la guerre économique et n’autoriseront pas sa chute ».

Pénurie de dollars

M. Nasrallah s’exprimait alors que les États-Unis ont appelé mardi le président syrien Bachar al-Assad à choisir entre une résolution politique du conflit en Syrie et de nouvelles sanctions économiques.

S’adressant aux autorités libanaises, le chef du Hezbollah a appelé « à ne pas nous soumettre à la loi César », alors que certaines exportations libanaises transitent par la Syrie.

Le Liban aussi est englué depuis plusieurs mois dans un naufrage économique, marqué par un effondrement de la monnaie nationale et une pénurie de dollars.

Officiellement, la livre libanaise est indexée sur le dollar depuis 1997 au taux fixe de 1507 livres pour un dollar.  

Mais la monnaie a poursuivi sa chute jusqu’à atteindre la semaine dernière le seuil historique des 5000 livres pour un dollar sur le marché parallèle, avant de connaître un léger rebond.

Evoquant cette pénurie de dollars, M. Nasrallah a accusé les États-Unis « d’empêcher le transfert de dollars en quantités suffisantes vers le Liban ».

« Les Américains font pression sur la Banque du Liban pour l’empêcher d’injecter des dollars en quantité suffisante sur le marché », a-t-il renchéri, précisant que c’était « au prétexte » que le Hezbollah utilisait ces billets verts pour les envoyer en Syrie.

Poids lourd de la vie politique libanaise, le mouvement chiite est la seule faction à ne pas avoir abandonné son arsenal militaire au sortir de la guerre civile (1975-1990), alors que l’organisation est toujours hostile au voisin israélien.

M. Nasrallah a accusé Washington de faire pression sur le Liban pour pousser le Hezbollah à abandonner ses armes, sans quoi le pays serait affamé.

« Celui qui veut nous donner le choix entre mourir par les armes ou par la faim, je lui dis nos armes resteront entre nos mains, et nous n’aurons pas faim ».