(Jérusalem) L’ambassadeur des Émirats arabes unis aux États-Unis a estimé qu’une annexion par Israël de pans de la Cisjordanie occupée entraverait une « normalisation » des relations avec l’État hébreu.

Agence France-Presse

« L’annexion mettra certainement fin aux aspirations israéliennes à de meilleures relations avec le monde arabe et les Émirats sur les plans sécuritaire, économique et culturel », indique Youssef al-Otaïba dans une tribune publiée vendredi par le quotidien israélien Yediot Aharonot.

« Récemment, des responsables israéliens ont fait la promotion de discussions excitantes sur la normalisation des relations avec les Émirats arabes unis et d’autres États arabes. Mais le projet d’annexion et les discussions sur une normalisation sont en contradiction », souligne-t-il dans cette rare tribune publiée en hébreu.

« Le potentiel rapprochement avec Israël pourrait disparaître si l’annexion a lieu », insiste-t-il encore, estimant que le projet israélien pourrait aussi « provoquer la violence et raviver les extrémismes. »

Dans une vidéo en anglais réalisée par le quotidien émirati The National et reprise par le site du Yediot Aharonot, le diplomate explique qu’avec cette tribune, les Émiratis voulaient parler « directement » aux Israéliens.  

« Le message était que tous les progrès […], le changement d’attitude envers Israël, le fait que les gens acceptent plus Israël et lui sont moins hostiles, tout ça pourrait être saboté par la décision d’annexer », dit-il.  

Le quotidien israélien a par ailleurs publié un tweet en hébreu du ministère émirati des Affaires étrangères reprenant les thèmes principaux des propos du diplomate.

Israël doit dévoiler le 1er juillet sa stratégie pour le plan de l’administration américaine pour le Proche-Orient, qui prévoit notamment l’annexion par Israël de ses colonies et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par l’État hébreu depuis 1967.

Les Palestiniens rejettent en bloc ce plan et tentent de mobiliser leurs appuis, notamment en Europe, afin de faire pression sur Israël pour que le pays abandonne ce projet d’annexion.

Historiquement, les pays arabes, hormis l’Égypte et la Jordanie, ont fait du règlement du conflit israélo-palestinien la condition de la normalisation de leurs relations avec Israël.

Mais au cours des dernières années, les autorités israéliennes ont développé des relations officieuses avec des pays du Golfe, dont les Émirats arabes unis.

Un premier vol de la compagnie aérienne Etihad Airways, basée à Abou Dabi, s’est ainsi posé mardi en Israël, chargé d’aide humanitaire pour les Palestiniens, qui l’ont refusée, regrettant qu’elle ait été coordonnée avec l’État hébreu plutôt qu’avec eux.

« Nous soutenons depuis des années les efforts de paix au Proche-Orient mais restons des soutiens enthousiastes du peuple palestinien et de l’initiative de paix du monde arabe », rappelle M. Otaïba, dans sa tribune.

« Nous voyons les menaces communes et le potentiel immense de liens plus forts (avec l’État hébreu, NDLR) mais la décision d’Israël d’annexer sera le signe que ce pays voit les choses autrement », regrette le diplomate.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou estime pour sa part qu’une normalisation avec les pays arabes favoriserait la paix avec les Palestiniens.