(Washington) Les États-Unis ont accusé mardi l’Iran d’avoir « orchestré » la prise d’assaut de leur ambassade à Bagdad, et ont exhorté les autorités irakiennes à la « protéger », faute de quoi ils entendent « défendre » eux-mêmes les Américains en Irak.

Agence France-Presse

Des milliers d’Irakiens, partisans de paramilitaires pro-iraniens, ont pris d’assaut mardi l’ambassade des États-Unis à Bagdad pour protester contre des frappes américaines en Irak.

« L’Iran orchestre une attaque contre l’ambassade américaine en Irak. Ils seront tenus pour pleinement responsables », a déclaré Donald Trump sur Twitter.

« Nous attendons de l’Irak qu’il utilise ses forces pour protéger l’ambassade, et ils en ont été informés! », a ajouté le président des États-Unis.

Dans la foulée, le département d’État a fait état de conversations téléphoniques mardi matin entre le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et les dirigeants irakiens.

Mike Pompeo « a prévenu clairement que les États-Unis allaient protéger et défendre leurs ressortissants, qui sont sur place pour soutenir un Irak souverain et indépendant ».

En retour, le premier ministre démissionnaire Adel Abdel Mahdi et le président Barham Saleh « ont assuré au secrétaire d’État qu’ils prenaient leurs responsabilités au sérieux et garantiraient la sûreté et la sécurité des employés et des infrastructures américains », a rapporté la diplomatie américaine dans un communiqué.

Les États-Unis ont par ailleurs dépêché mardi des renforts militaires à Bagdad pour protéger l’ambassade américaine.

« Nous avons pris des mesures de protection appropriées pour assurer la sécurité des ressortissants, militaires et diplomates américains dans le pays, et pour assurer notre droit à l’autodéfense. Nous envoyons des forces supplémentaires pour soutenir notre personnel à l’ambassade », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Selon une source militaire, il s’agit d’un petit nombre de Marines.

Pas d'évacuation

Les États-Unis ont affirmé mardi qu’ils n’avaient pas l’intention d’évacuer leur ambassade à Bagdad.

« Le personnel américain est en sécurité et il n’y a eu aucune brèche. Il n’y a aucun plan visant à évacuer l’ambassade à Bagdad », a assuré un porte-parole du département d’État américain dans une déclaration communiquée à la presse.

Il a précisé que l’ambassadeur des États-Unis Matt Tueller, absent pour un « voyage personnel », était en train de regagner la mission diplomatique dans la capitale irakienne.

Menace contre les raffineries

Donald Trump a par ailleurs défendu la décision américaine de procéder à des frappes en représailles à la mort vendredi d’un sous-traitant américain dans une attaque à la roquette. Cette attaque a été attribuée par Washington aux brigades du Hezbollah, un groupe armé chiite irakien membre du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par des factions pro-Iran et intégrée aux forces régulières.

« L’Iran a tué un sous-traitant américain et fait de nombreux blessés. Nous avons répondu avec force et nous le ferons toujours », a écrit le locataire de la Maison-Blanche.

Depuis ces raids, qui ont tué dimanche 25 combattants des brigades du Hezbollah, le sentiment antiaméricain n’a cessé d’être exacerbé par les partisans pro-Iran en Irak. Le pays est secoué depuis le 1er octobre par une révolte populaire qui dénonce le pouvoir irakien accusé de corruption et d’incompétence, de même que l’influence grandissante du voisin iranien.

Des milliers de membres et partisans du Hachd, qui participaient au cortège funéraire des combattants tués, ont traversé les points de contrôle de l’ultrasécurisée Zone verte de Bagdad, où siègent l’ambassade et les institutions irakiennes. Ils sont parvenus à franchir la première enceinte du gigantesque complexe américain, en dépit de tentatives des forces irakiennes de les en empêcher.

Le sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié de Donald Trump, a adressé une mise en garde à peine voilée à l’Iran, laissant entendre que ses raffineries de pétrole pourraient être une cible en cas de nouvelle riposte américaine.

« Au gouvernement iranien: prenez garde », « un pays qui dépend de sa capacité à raffiner le pétrole pour son existence doit être prudent », a-t-il lancé sur Twitter.

Il a prévenu que le président Trump tiendrait Téhéran « pour responsable des menaces contre les Américains » frapperait l’Iran « là où ça fait le plus mal ».