(Istanbul) Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé mardi que l’offensive turque dans le nord de la Syrie se poursuivrait jusqu’à ce que ses « objectifs soient atteints », en dépit d’appels de Washington à y mettre fin.

Agence France-Presse

« Nous allons poursuivre notre lutte (...) jusqu’à ce que nos objectifs soient atteints », a déclaré M. Erdogan dans un discours télévisé depuis Bakou.

Les déclarations de M. Erdogan surviennent au lendemain d’un ferme avertissement de son homologue américain Donald Trump qui a durci le ton face à la Turquie, l’appelant à mettre fin à son opération militaire en Syrie, lancée le 8 octobre, et annonçant une série de sanctions.

L’offensive turque vise à déloger du nord-est de la Syrie les forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), considérées comme « terroristes » par Ankara, mais alliées de l’Occident dans la lutte contre les djihadistes du groupe État islamique (EI).

Les YPG sont un groupe lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation qualifiée de « terroriste » par Ankara, Washington et l’Union européenne.

« Jusqu’à ce matin, nous avons libéré une zone de près de 1000 km2 des mains de l’organisation séparatiste terroriste », a ajouté M. Erdogan, désignant par cette expression les YPG.

« Nous allons rapidement sécuriser la région allant de Minbej (nord-ouest de la Syrie) jusqu’à notre frontière avec l’Irak », a-t-il encore dit.

Selon lui, cette zone devrait accueillir « dans un premier temps un million, puis deux millions de réfugiés syriens », parmi plus de 3,5 millions qui ont trouvé refuge en Turquie depuis le début du conflit en Syrie en 2011.

Ankara empêchera les combattants de l’EI de quitter la Syrie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé dans une tribune publiée mardi que son pays empêcherait les combattants du groupe État islamique (EI) de quitter le nord-est de la Syrie où l’armée turque mène une offensive contre les forces kurdes.

« Nous nous assurerons qu’aucun combattant de l’EI ne pourra quitter le nord-est de la Syrie », a écrit M. Erdogan dans cette tribune publiée par le Wall Street Journal.

Le dirigeant turc cherche ainsi à apaiser les inquiétudes des Occidentaux qui craignent une résurgence de l’EI et la fuite de ses combattants détenus par les forces kurdes des YPG qui sont visées par l’offensive lancée mercredi par Ankara.

« Nous sommes prêts à coopérer avec les pays d’origine et les organisations internationales pour la réhabilitation des femmes et des enfants de combattants terroristes étrangers », a-t-il ajouté.

La Turquie avait accusé lundi les forces kurdes d’avoir délibérément relâché des membres de l’EI qu’elles détenaient dans le nord-est de la Syrie afin de « semer le chaos » dans cette région.

Dans un tweet, le président américain Donald Trump a semblé lui aussi soulever cette hypothèse lundi en déclarant : « Les Kurdes pourraient être en train d’en relâcher quelques-uns pour nous forcer à nous impliquer ».

Mais lundi soir, le ministre américain de la Défense Mark Esper a vivement dénoncé l’offensive turque « inacceptable » en Syrie, estimant qu’elle avait résulté en la « libération de nombreux détenus dangereux » de l’EI.

Dans sa tribune, M. Erdogan a en outre critiqué les pays occidentaux qui « donnent aujourd’hui des leçons à la Turquie sur les vertus de combattre l’EI après avoir échoué à arrêter le flux de combattants étrangers en 2014 et 2015 ».

Il a ainsi affirmé en guise d’exemple que le ressortissant d’un pays européen qu’il n’a pas nommé était arrivé en 2014 à Istanbul « avec des munitions dans son bagage enregistré ».

Il s’en est aussi pris à la France pour avoir suspendu la vente à la Turquie d’armes susceptibles d’être employées dans le cadre de l’offensive en Syrie.

« La France a bloqué la vente d’armes à la Turquie, mais pourquoi avait-elle ignoré nos alertes répétées sur des attaques terroristes imminentes ? » sur son sol, a-t-il ajouté.

Le président français Emmanuel Macron, qui critique vivement l’offensive turque depuis son lancement, a insisté lundi auprès de M. Trump au cours d’un entretien téléphonique sur la « nécessité absolue d’empêcher une résurgence » de l’EI, selon l’Élysée.