(Washington) Les négociations entre les États-Unis et les talibans sont entrées dans leur dernière ligne droite : Donald Trump a annoncé jeudi qu’en cas d’accord, 8600 soldats américains resteraient dans un premier temps en Afghanistan, sans toutefois détailler la « présence » qu’il souhaite maintenir sur le plus long terme.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

« On va réduire nos effectifs à 8600 et ensuite on verra à partir de là », a déclaré le président américain lors d’une interview sur la radio de Fox News, donnant une première indication officielle sur le sujet. « Nous allons toujours avoir une présence » en Afghanistan, a-t-il ajouté, insistant surtout sur le fait qu’une force résiduelle devrait permettre d’avoir « des renseignements de haut niveau ».

Entre 13 000 et 14 000 militaires américains sont actuellement déployés dans ce pays où les États-Unis sont intervenus en 2001 pour traquer le réseau djihadiste Al-Qaïda, responsable des attentats du 11 septembre 2001, et déloger les talibans alors au pouvoir à Kaboul.

Depuis, les talibans devenus insurgés n’ont jamais cessé leur rébellion et les forces américaines ont atteint jusqu’à 98 000 soldats au plus fort des combats, en 2011. À la fin de ses mandats, l’ex-président démocrate Barack Obama avait ramené leur nombre à 8400 – soit quasiment le contingent que Donald Trump veut maintenir dans les prochains mois –, avant que son successeur républicain n’accepte, à contrecœur, d’envoyer des renforts en 2017.

L’ex-homme d’affaires s’est engagé à tourner la page de cette « guerre sans fin », la plus longue de l’histoire des États-Unis, jugée trop coûteuse en vies humaines et en argent du contribuable. L’opinion publique et aussi bon nombre de prétendants démocrates à la Maison-Blanche appellent de leurs vœux un retrait militaire.

Washington a donc entamé il y a un an des pourparlers directs inédits avec les talibans, dont le neuvième cycle, qui se veut décisif, est actuellement en cours à Doha, au Qatar.

Au cœur de l’accord négocié, un retrait plus ou moins important des Américains, avec un calendrier à la clé, en échange de l’engagement des insurgés à faire en sorte que les territoires qu’ils contrôlent ne soient plus utilisés par Al-Qaïda ou d’autres groupes « terroristes ».

« Proche d’un accord »

Des négociations de paix interafghanes doivent aussi s’ouvrir à Oslo dans la foulée d’un éventuel accord entre Washington et les talibans, ces derniers acceptant pour la première fois de discuter directement avec le gouvernement de Kaboul. Enfin, un cessez-le-feu entre insurgés et Américains, ou en tout cas une « réduction de la violence », devrait figurer dans le texte.

Les talibans ont affirmé mercredi être « proches d’un accord » avec les États-Unis. Un responsable du département d’État américain a aussi fait état de « progrès », sans toutefois être en mesure de prédire quand les « questions en suspens » seraient résolues.

Le négociateur américain, Zalmay Khalilzad, devrait quitter Doha pour se rendre à Kaboul et présenter aux dirigeants afghans le contenu de l’accord, mais ce déplacement, dans l’air depuis quelques jours, semble avoir été repoussé.

Les détails de l’accord seront cruciaux aux yeux de ceux, dans la classe politique américaine et parmi les observateurs, qui redoutent que Donald Trump conclue un « mauvais accord » afin de hâter le départ des troupes avant de briguer un second mandat à la Maison-Blanche en novembre 2020.

Le calendrier du retrait avant tout. Si le président a évoqué le maintien de 8600 hommes, il n’a rien dit de la suite. Ces derniers jours, la diplomatie américaine a semblé lier la réduction ultérieure du nombre de soldats à une vraie accalmie sur le terrain, voire aux avancées dans les discussions interafghanes.

Nombre d’élus, dont le sénateur républicain Lindsey Graham qui se targue d’avoir l’oreille du président, plaident pour que Washington conserve une véritable force contreterroriste en Afghanistan, pour éviter notamment que le groupe djihadiste État islamique n’en fasse son nouveau bastion. Et plusieurs experts s’inquiètent de voir l’administration Trump se satisfaire des engagements des talibans sans réelles garanties.

« Tout accord, s’il est conclu, fera l’objet d’une vérification rigoureuse », a réagi jeudi un porte-parole du département d’État américain. « L’accord auquel nous travaillons n’est pas basé sur la confiance », a-t-il dit à l’AFP.

Il a également prévenu que les talibans subiraient « de graves conséquences en cas de violations de leurs engagements ».

Dans les termes de Donald Trump, l’avertissement est encore plus clair : en cas de nouvelle attaque contre les États-Unis ourdie depuis l’Afghanistan, Washington reviendrait « avec une force » plus importante « que jamais auparavant ».