Un agent immobilier israélien a été propulsé vers la notoriété quand Benyamin Nétanyahou l'a présenté comme un sympathisant typique. Depuis, l'examen de ses activités sur les réseaux sociaux le présente sous un jour que n'avait peut-être pas anticipé le premier ministre.

MICHAEL BLUM AGENCE FRANCE-PRESSE

Giora Ezra, 63 ans, s'est répandu par le passé en publications injurieuses contre les adversaires du premier ministre et des journalistes, ou en propos homophobes sous le pseudonyme de «Captain George».

M. Nétanyahou le savait-il, lundi, quand il a convoqué une conférence de presse impromptue pour répondre, «Captain George» à ses côtés, à la dernière controverse en date d'une campagne électorale à l'âge des réseaux sociaux où une polémique chasse l'autre? On l'ignore.

Un organisme luttant contre les «bots» - logiciels agissant de manière autonome - venait de rapporter que des centaines de faux profils avaient été créés sur les réseaux sociaux pour répercuter la propagande du Likoud, le parti du premier ministre, et diffuser rumeurs et fausses accusations.

Une semaine avant les législatives du 9 avril, M. Nétanyahou s'était délecté à montrer que «tous» les comptes évoqués selon lui dans ce rapport étaient opérés par des êtres en chair et en os, dont Giora Ezra.

«Giora, tu es un bot? Tu es bien réel?», a demandé M. Nétanyahou, hilare, à «Captain George», assis près de lui. «Giora dit ce qu'il pense, ce qu'il veut, et personne ne le manipule», a déclaré M. Nétanyahou, dénonçant une nouvelle «calomnie» de la presse et de ses adversaires.

«J'ai découvert ce matin en me réveillant que j'étais un bot», a persiflé M. Ezra.

Quand «on attaque les succès de Nétanyahou alors qu'en face on a aucune expérience et on n'a rien fait, je peux dire : voilà ce que nous, on a fait», a-t-il dit. «Je réagis avec coeur».

«Une erreur»

Depuis, il est apparu que «Captain George» ne s'était pas contenté de soutenir le premier ministre.

Le principal concurrent de M. Nétanyahou aux législatives, le général Benny Gantz, a besoin de «voir un psychiatre», a-t-il tweeté. Il a colporté les insinuations à caractère sexuel sur le contenu du téléphone de M. Gantz, qui a été piraté.

Le rabbin Meir Kahane, fondateur d'un parti raciste et source d'inspiration d'une partie de l'extrême droite 30 ans après son assassinat, «avait raison sur toute la ligne», a-t-il dit.

Des tweets de «Captain George» montrent une variété d'insultes homophobes. Son compte Twitter n'était cependant plus disponible en fin d'après-midi.

«Dans quel pays un homme se complaisant dans les égouts est-il reçu avec honneur par le premier ministre,», a tweeté Zvi Hauser, candidat sur la liste centriste de M. Gantz.

Le Likoud aurait dû vérifier ce que publiait «Captain George», a reconnu Yoav Kisch, un député du parti, «c'était une erreur».

Pour Youval Karni, correspondant politique du quotidien Yediot Aharonot qui a publié le rapport avec le New York Times, il aurait «mieux valu que Captain George soit un faux profil».