Le secrétaire d'État Mike Pompeo est devenu jeudi le premier haut responsable américain à visiter le Mur des Lamentations avec un premier ministre israélien, une image symbolique et un coup de pouce à Benyamin Nétanyahou, engagé dans une bataille incertaine pour sa réélection.

Mis à jour le 21 mars 2019
FRANCESCO FONTEMAGGI ET MIKE SMITH AGENCE FRANCE-PRESSE

L'administration Trump semble vouloir mettre tout son poids dans la balance pour soutenir le premier ministre d'Israël à l'approche des élections législatives du 9 avril.

En plein déplacement de son secrétaire d'État, M. Trump s'est prononcé sur Twitter pour la reconnaissance de «la souveraineté d'Israël» sur la partie du Golan syrien occupée en 1967 par Israël puis annexée.

«Merci président Trump!», a aussitôt réagi Benyamin Nétanyahou sur Twitter, en saluant une décision «courageuse».

Le chef du gouvernement israélien avait encore réclamé la veille, en présence de Mike Pompeo, que la communauté internationale fasse ce pas au nom de sa sécurité. Reconnaître formellement l'annexion du Golan serait une nouvelle entorse à la tradition diplomatique américaine et au consensus international.

Mike Pompeo a en tout cas rompu avec la pratique lors de sa visite à Jérusalem. Devant les caméras, il s'est recueilli avec Benyamin Nétanyahou face au Mur des Lamentations, le site de prière le plus sacré pour les juifs. Les deux hommes ont ensuite, chacun à leur tour, glissé leur prière inscrite sur un petit papier entre les pierres de l'imposante muraille.

«Il est important» et «symbolique qu'un haut responsable américain s'y rende avec un premier ministre d'Israël», a expliqué le chef de la diplomatie américaine, évoquant un «lieu très important pour de nombreuses religions».

Une aura

Mais ce geste apparaît surtout comme une nouvelle étape dans la révision de la position américaine à l'égard de Jérusalem engagée par Donald Trump, qui avait lui-même été en 2017 le premier président des États-Unis en exercice à se rendre au Mur des Lamentations.

Ce site se trouve en effet à Jérusalem-Est, dont Israël s'est emparé en 1967 avant de l'annexer.

La communauté internationale juge illégale cette annexion, et renvoie le statut final de la Ville sainte à des négociations de paix.

Mais Donald Trump a reconnu unilatéralement fin 2017 Jérusalem comme capitale d'Israël, ce qui lui vaut les remontrances de nombreux autres pays, la colère des Palestiniens, mais aussi une aura particulière auprès des Israéliens.

Le sort de la ville est une des clés de toute résolution du conflit israélo-palestinien, puisque l'État hébreu la considère comme sa capitale «indivisible» alors que les Palestiniens revendiquent sa partie orientale comme capitale de l'État auquel ils aspirent.

Nétanyahou à Washington

Tous ces gestes américains «devraient être accompagnés de déclarations montrant que les États-Unis envisagent aussi qu'à l'issue d'éventuelles négociations, la capitale d'un État palestinien puisse voir le jour dans Jérusalem-Est», estime Dan Shapiro, ambassadeur en Israël de l'ex-président Barack Obama. Ce qui n'est pas le cas.

Aaron David Miller, ancien diplomate américain, juge que la visite Pompeo-Nétanyahou au Mur des Lamentations vise à montrer clairement «que cette administration est la plus pro-israélienne de l'histoire».

«À moins de trois semaines des élections israéliennes, pas besoin d'être un grand spécialiste du Moyen-Orient pour comprendre que l'administration fait tout son possible, en surfant sur la popularité de Trump en Israël, pour démontrer que Nétanyahou est indispensable», dit cet expert du cercle de réflexion Wilson Center à Washington.

Le premier ministre israélien, au pouvoir depuis une décennie, multiplie de son côté les occasions de s'afficher auprès des dirigeants américains, et se rendra la semaine prochaine à Washington auprès du locataire de la Maison-Blanche. Ce nouveau voyage sera aussi l'occasion pour Benyamin Nétanyahou de s'afficher à la grand-messe de l'AIPAC, puissant lobby pro-Israël.

AFP

Donald Trump au Mur des Lamentations, le 22 mai 2017.