Les pourparlers de paix entre États-Unis et les talibans ont repris lundi au Qatar avec une rencontre, considérée comme la plus élevée depuis le début des négociations, de l'envoyé spécial américain pour l'Afghanistan Zalmay Khalilzad avec le mollah Abdul Ghani Baradar.

AGENCE FRANCE-PRESSE

M. Khalilzad a tweeté qu'il avait eu à Doha « un déjeuner de travail avec le mollah Baradar », cofondateur du mouvement taliban et proche de son chef, le mollah Haibatullah Akhundzada.

« C'est la première fois que nous nous rencontrons. Les pourparlers peuvent commencer », a-t-il ajouté.

Un peu plus tôt, M. Khalilzad avait annoncé son arrivée « à Doha pour rencontrer une délégation talibane qui fait davantage autorité ». « Ce pourrait être un moment important. [...] Maintenant le travail commence sérieusement », avait-il ajouté.

La présence pour la première fois à la table des négociations d'un responsable aussi important qu'Abdul Ghani Baradar, arrivé dimanche soir sur place, soulève de fortes attentes.

Longtemps considéré comme le numéro deux de l'ex-chef taliban Mollah Omar, décédé en 2013, Abdul Ghani Baradar avait été arrêté au Pakistan en 2010 puis libéré en octobre. Dirigeant influent, il est considéré comme ayant un large soutien à l'intérieur de la myriade de factions talibanes.

« Le fait qu'un chef adjoint des talibans assiste aux pourparlers montre que les deux parties sont sérieuses cette fois-ci », a estimé auprès de l'AFP l'analyste afghan Ahmad Sayeedi.

« En l'amenant au Qatar, les talibans disent à leurs combattants que les choses sont entre les mains d'une personne loyale », a commenté Rahimullah Yusufzai, spécialiste des talibans.

Le représentant spécial afghan pour la paix, Mohammad Omar Daudzai, a également salué sa présence à Doha, affirmant que M. Baradar était connu pour être « indépendant » et savoir prendre des « décisions difficiles ». « J'espère qu'il se servira de son indépendance pour décider de la paix dès que possible », a déclaré lundi M. Daudzai lors d'une conférence de presse à Kaboul.

Gouvernement afghan exclu

Le gouvernement afghan continue cependant d'exprimer sa frustration d'être tenu à l'écart des négociations, en dépit d'ouvertures répétées. Les talibans refusent de négocier avec les membres du gouvernement afghan, qu'ils considèrent comme des « marionnettes ».  

« Les talibans ne sont toujours pas prêts à parler au gouvernement afghan, mais nous, nous sommes prêts », a déclaré le chef de l'exécutif Abdullah Abdullah dans un discours télévisé lundi, pointant « la malhonnêteté des talibans » comme « seul obstacle ». « Nous sommes flexibles et prêts à constituer une équipe qui soit acceptable par tous », a-t-il ajouté.

Lors de six jours consécutifs de pourparlers fin janvier, États-Unis et talibans s'étaient quittés sur une « ébauche d'accord » centrée sur une promesse des talibans d'empêcher que l'Afghanistan ne serve de base arrière à des attaques terroristes contre des nations étrangères, mais sans calendrier de retrait des troupes américaines ni de cessez-le-feu.

Après quarante ans de conflit depuis l'invasion soviétique en 1979, suivie par une guerre civile, le régime taliban et l'invasion américaine de 2001, les attentes de paix sont immenses au sein de la population afghane, qui paie un lourd tribut à la guerre.

Selon un rapport de l'ONU publié dimanche, l'année 2018 a été la plus meurtrière jamais enregistrée pour les civils avec 3 804 tués et plus de 7 000 blessés.

Le président américain Donald Trump a fait part de son impatience pour mettre un terme aux « guerres éternelles » des États-Unis et retirer rapidement une partie des 14 000 soldats américains déployés en Afghanistan.