Moins d'un mois après que Donald Trump a déclaré victoire sur le groupe État islamique, un attentat-suicide revendiqué par ces djihadistes met en lumière une réalité bien différente sur le terrain et fournit des arguments aux critiques du président américain.

Mis à jour le 16 janv. 2019
AGENCE FRANCE-PRESSE

Quatre Américains, dont deux militaires, ont été tués dans l'attentat-suicide revendiqué par le groupe djihadiste État islamique (EI), qui a fait 16 morts mercredi à Minbej en Syrie, a annoncé mercredi le Pentagone.

Cette attaque est la plus meurtrière pour les forces américaines engagées en Syrie depuis 2014, au vu des statistiques du Pentagone, qui rapportent la mort par le passé de deux Américains tombés au combat dans le pays en guerre, dans deux incidents distincts.

M. Trump a affirmé le 19 décembre que les États-Unis et leurs alliés des Forces démocratiques syriennes (FDS) avaient «vaincu» l'EI, et a ordonné le retrait immédiat des 2000 soldats américains déployés dans ce pays.

Mais au fil des semaines, le calendrier de ce retrait est devenu de plus en plus flou et l'administration Trump a posé des conditions à son achèvement, notamment la défense des alliés de Washington et une défaite durable de l'EI.

De nombreux Américains critiquaient les guerres illimitées menées par les États-Unis en Syrie et en Afghanistan, mais le secrétaire à la Défense Jim Mattis a démissionné avec fracas après l'annonce présidentielle, citant la nécessité de traiter les alliés des États-Unis «avec respect». Les experts des affaires de sécurité ont été quasi unanimes à juger hâtive cette décision de partir de Syrie.

La mort des soldats américains à Minbej «donne raison» à ceux qui ont jugé que la décision de M. Trump était «extrêmement prématurée», a estimé mercredi Charles Lister, du Middle East Institute.

«L'ordre de Trump était irresponsable et motivé bien plus par des raisons de politique intérieure que par les faits sur le terrain», a ajouté cet expert, pour qui «suggérer que l'EI est vaincu parce qu'il ne contrôle plus de territoire, c'est ignorer fondamentalement la façon dont l'EI et d'autres organisations similaires cherchent à opérer».

Trump silencieux

Pour justifier le retrait américain de Syrie, le président américain avait insisté sur le fait que le groupe djihadiste avait perdu 98% du territoire qu'il contrôlait du temps de son «califat», à cheval sur la Syrie et l'Irak.

Mais il contrôle encore quelques poches de territoire dans la vallée de l'Euphrate et la coalition internationale anti-djihadistes estime que des milliers de combattants se sont éparpillés sur le territoire syrien pour opérer dans la clandestinité.

M. Trump n'a pas immédiatement réagi à cet attentat, mais le secrétaire à la Défense par intérim, Patrick Shanahan, a souligné que la lutte contre les djihadistes se poursuivait.

«Notre combat contre le terrorisme se poursuit et nous resterons vigilants et déterminés à le détruire», a-t-il indiqué à la presse. «Aujourd'hui nous rappelle amèrement que les hommes et femmes sous l'uniforme mènent des missions dangereuses pour notre compte chaque jour».

Après avoir réaffirmé dans un discours dans la matinée que «le califat s'est effondré et l'EI a été vaincu», le vice-président Mike Pence a publié un communiqué dans l'après-midi pour rendre hommage aux victimes.

«Le président Trump et moi-même condamnons l'attentat terroriste en Syrie qui a coûté la vie à des Américains», a-t-il indiqué. «Nous ne permettrons jamais aux vestiges de l'EI de rétablir leur califat malfaisant et meurtrier, ni aujourd'hui, ni jamais».

Mais pour le sénateur républicain Marco Rubio, cet attentat est «un rappel tragique du fait que l'EI n'a pas été vaincu et se transforme en une dangereuse rébellion». «Ce n'est pas le moment de se retirer du combat contre l'EI. Nous ne ferons que les encourager et les renforcer», a-t-il tweeté.

Pour sa part, l'influent sénateur Lindsey Graham, lui aussi républicain, espère que le président américain «va examiner de très près nos plans en Syrie».  

«Je sais que les gens en ont assez, mais nous ne serons jamais en sécurité tant que nous ne serons pas prêts à aider ceux qui se dressent là-bas contre cette idéologie radicale», a-t-il indiqué au Congrès.