(Maaret al-Noomane) Au moins 50 personnes ont été tuées lundi en Syrie dans des bombardements sur la province d’Idleb (nord-ouest), l’écrasante majorité dans des raids aériens contre un marché imputés par une ONG à la Russie, alliée du régime syrien.

Agence France-Presse

Les forces du président syrien Bachar al-Assad, soutenues par l’aviation russe, ont intensifié depuis trois mois leur pilonnage de la province d’Idleb, qui échappe toujours à leur contrôle, et de zones adjacentes dans les provinces limitrophes d’Alep, Hama et Lattaquié

Par ailleurs, 14 quatorze civils ont été tués par des tirs de roquettes de groupes rebelles et djihadistes contre les zones tenues par le régime, à Alep et dans la province de Hama, selon les médias d’État syriens.

Le bilan le plus lourd des raids aériens est à déplorer dans la ville de Maaret al-Noomane, où 38 personnes – 36 civils et deux personnes non identifiées – sont mortes sur un marché de légumes et un secteur résidentiel attenant, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).  

PHOTO ABDULAZIZ KETAZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des Casques blancs ont secouru un enfant retrouvé sous les décombres.

Parmi les victimes figurent trois enfants, d’après l’ONG qui a pointé du doigt l’aviation russe. Moscou a démenti toute implication.

Dans cette ville, des secouristes des Casques blancs aidés par des habitants ont évacué des blessés couverts de sang, a constaté un photographe collaborant avec l’AFP.

Un homme gisait sans vie sur la chaussée, au milieu d’un paysage de ruines. Le visage couvert de la poussière levée par l’explosion, un blessé était escorté par deux hommes qui le tenaient par les bras. D’autres habitants ont fui la zone avec leurs enfants, selon le photographe.

Douze civils ont aussi été tués dans des raids du régime sur plusieurs localités d’Idleb, notamment à Saraqeb, selon l’OSDH, qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays en guerre.

PHOTO OMAR HAJ KADOUR, CASQUES BLANCS

Les bombardements ont fait plus d’une centaine de blessés, d’après la même source.

Idleb et ses environs restent dominés par les djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda). D’autres factions rebelles et djihadistes y sont présentes et des millions de personnes déplacées par la guerre dans d’autres zones de Syrie y ont trouvé refuge.

« Conditions dramatiques »

L’armée russe a démenti avoir mené des raids sur Maaret al-Noomane, dénonçant des accusations des Casques blancs, les secouristes en zone rebelle, qui ont par ailleurs rapporté la mort d’un de leurs bénévoles dans ces frappes.

« Les déclarations de représentants anonymes de l’organisation des Casques blancs, financée par le Royaume-Uni et les États-Unis, sur de soi-disant frappes de l’aviation russe sur un marché de Maaret al-Noomane sont fausses », a déclaré le ministère russe de la Défense.

Dimanche, 18 civils dont sept enfants avaient été tués dans la région d’Idleb dans des raids imputés par l’OSDH au régime et à son allié russe.

Parmi les victimes figure un journaliste citoyen de 22 ans. Anas Dyab, photographe et vidéaste ayant collaboré avec l’AFP, était également un bénévole des Casques blancs.

En près de trois mois, 690 civils ont été tués dans les bombardements sur Idleb, selon l’OSDH, et 330 000 personnes ont fui les violences, d’après l’ONU.

Deux cardinaux du Vatican étaient lundi à Damas pour rencontrer le président Assad. Ils lui ont remis une lettre du pape François, qui a exprimé sa « profonde préoccupation […] pour les conditions dramatiques de la population civile à Idleb », selon le Vatican.

« Tragédie »

Ces violences interviennent malgré un accord conclu en septembre 2018 entre la Russie et la Turquie, marraine de certains groupes rebelles, visant à éviter à Idleb une offensive d’envergure des forces loyales à Damas.

L’initiative prévoyait une « zone démilitarisée » pour séparer les territoires tenus par les djihadistes et les rebelles des zones gouvernementales.

« La zone de désescalade est rapidement devenue un des endroits les plus dangereux au monde pour les civils », a asséné lundi un porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), David Swanson, réclamant un cessez-le-feu pour « mettre fin à la tragédie ».

Pour Sam Heller, du centre de réflexion International Crisis Group, les violences devraient se poursuivre jusqu’à ce que « la Russie et la Turquie arrivent à un accord établissant le calme ».

De leur côté, les djihadistes et les rebelles tirent sporadiquement des roquettes et des obus sur les régions gouvernementales. Ces tirs ont déjà tué une soixantaine de civils depuis fin avril.

Lundi, dans la grande ville d’Alep tenue par le régime, sept civils ont péri dans des tirs similaires, a indiqué l’agence de presse officielle syrienne Sana.

Sept autres civils, dont deux enfants, ont également péri dans des tirs sur un village dans la province de Hama, ont rapporté les médias d’État.

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 370 000 morts et déplacé des millions de personnes.