(Gaza) Le calme est revenu lundi dans la bande de Gaza à la faveur d’un cessez-le-feu annoncé par les Palestiniens après le plus grave accès de violence avec Israël depuis des années, mais sans aucun règlement à long terme en vue.

par Adel ZAANOUN avec Joseph DYKE à Ramallah Agence France-Presse

Les Palestiniens ont accepté un cessez-le-feu entré en vigueur avant le lever du jour, en ce début de ramadan, ont indiqué deux responsables palestiniens et un égyptien.

Après deux jours d’une escalade ayant tué 25 civils et combattants dans la bande de Gaza et 4 civils en Israël, les tirs de l’enclave palestinienne sous blocus et les représailles israéliennes ont effectivement cessé à l’heure du cessez-le-feu indiquée par les responsables, a rapporté un journaliste de l’AFP à Gaza.

L’armée israélienne a annoncé la levée de toutes les restrictions imposées aux populations civiles israéliennes voisines de Gaza.

Sans confirmer une trêve, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’est contenté d’un bref communiqué pour dire que « la campagne n’est pas terminée et réclame de la patience, du sang-froid et de la réflexion ». Le Hamas et le Djihad islamique, principales forces de la bande de Gaza, ont été frappés « avec une grande force » et Israël est « prêt à continuer », a-t-il dit.

PHOTO SAID KHATIB, AFP

Des Palestiniens constatent les dégâts causés par les tirs israéliens.

L’Égypte, pays voisin et intermédiaire traditionnel à Gaza, a forgé un accord de cessation des hostilités entré en vigueur à 4 h 30, ont dit sous couvert d’anonymat un responsable du mouvement islamiste Hamas au pouvoir à Gaza et un autre du Djihad islamique. L’accord a été confirmé par un responsable égyptien.

L’enclave palestinienne et les villes israéliennes voisines ont été le théâtre pendant deux jours de la plus grave flambée de violences depuis la guerre de Gaza de 2014, faisant redouter un quatrième conflit en 11 ans dans l’enclave.

Un allègement du blocus

L’accord trouvé dans la nuit, comme de précédents conclus après de multiples épisodes de violence, vise à un allègement du strict blocus qu’Israël impose à l’enclave palestinienne depuis plus de 10 ans, a dit le responsable du Djihad islamique. Israël justifie le blocus par la nécessité de contenir le Hamas, qui refuse son existence.

L’accord prévoit des mesures quant à l’étendue des zones de pêche gazaouies en Méditerranée autorisée par Israël, ainsi qu’une amélioration de l’approvisionnement en électricité et en combustible, des préoccupations primordiales dans l’étroite enclave de deux millions d’habitants durement éprouvés par les guerres, la pauvreté et la réclusion, a-t-il dit.  

Quelque 690 roquettes ont été tirées depuis samedi de Gaza, dont plus de 500 ont atteint le territoire israélien, et au moins 35 sont tombées dans des zones urbaines, selon un décompte de l’armée israélienne.

Les civils israéliens tués sont les premiers à mourir sous les roquettes palestiniennes depuis la guerre de 2014, selon au moins deux officiels israéliens.

L’aviation et l’artillerie israéliennes ont en retour frappé plus de 350 objectifs du Hamas et du Djihad islamique à travers la bande de Gaza, visant des combattants des groupes armés et des installations militaires ou sécuritaires.

Au moins neuf des Palestiniens tués ont été identifiés comme des combattants du Hamas et du Djihad islamique. L’armée israélienne, pour la première fois depuis des années, a ouvertement revendiqué l’élimination à Gaza d’un Palestinien présenté par elle comme le responsable d’importants transferts d’argent de l’Iran à destination du Hamas et du Djihad islamique.  

Deux Palestiniennes enceintes et deux bébés comptent aussi au nombre des personnes tuées, selon les informations du ministère gazaoui de la Santé relevant du Hamas.

« Nous soutenons Israël à 100 % dans la défense de ses citoyens », a tweeté dimanche soir le président américain Donald Trump.

Crise chronique

La bande de Gaza est en proie aux poussées de fièvre répétées, en l’absence de toute reconnaissance d’Israël par le Hamas et de tout horizon politique pour un règlement du conflit israélo-palestinien. Depuis des mois, l’Égypte et l’ONU s’emploient régulièrement à éteindre les incendies.

La dernière flambée de violences en date remettait en cause un accord conclu fin mars seulement.

Les organisations palestiniennes de Gaza sont frustrées de la non-application selon elles par Israël de cet accord et de précédents sur un allègement du blocus et l’entrée de fonds qataris dans l’enclave.  

Pour Israël, les évènements des derniers jours sont une agression contre les civils israéliens de la part d’organisations se servant selon l’État hébreu de civils palestiniens comme boucliers humains.

Ils intervenaient à un moment délicat pour le premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou, avant la journée de la Mémoire mercredi, la fête nationale jeudi, et le concours de l’Eurovision à Tel-Aviv du 14 au 18 mai.  

M. Nétanyahou, vainqueur des législatives d’avril, est par ailleurs engagé dans les négociations en vue du prochain gouvernement. Son principal rival aux élections, le général Benny Gantz, a dénoncé le cessez-le-feu annoncé comme une « capitulation face au chantage ».  

Et le gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner, a récemment promis de dévoiler son plan de règlement du conflit israélo-palestinien après le ramadan,  qui s’achève début juin.