Depuis plus de 30 ans, Charles Enderlin est le correspondant de France 2 à Jérusalem. Il a été au coeur de la controverse sur Mohammed Al-Dura, un enfant palestinien dont la mort par balles dans les bras de son père en 2000 est devenue un symbole de l'occupation israélienne. Le journaliste vient de publier Au nom du temple, qui relate la montée du fondamentalisme messianique juif et son lien avec la progression de la colonisation de la Cisjordanie. La Presse l'a rencontré cette semaine à Montréal.

Mis à jour le 23 nov. 2013
Mathieu Perreault LA PRESSE

Sur un retrait israélien de Cisjordanie

«Pour les Palestiniens, il faut absolument partir de la ligne de 1967 et procéder à des échanges de territoires. Benyamin Nétanyahou [premier ministre israélien] refuse catégoriquement de discuter ainsi. Pour le moment, c'est bloqué.»

Sur une paix durable entre Palestiniens et Israéliens

«La droite israélienne disait que la paix avec l'Égypte et la Jordanie ne durerait que quelques années. Elle s'est trompée. Je crois que ce sera la même chose. La majorité des Palestiniens ne veut pas détruire Israël. C'est une minorité, tout comme c'est seulement une minorité d'Israéliens qui veut à tout prix incorporer la Cisjordanie à Israël. Le problème, c'est quand les minorités arrivent à bloquer le processus politique et diplomatique.»

Sur une frappe militaire unilatérale contre l'Iran

«C'est possible si le gouvernement israélien arrive à obtenir des preuves indispensables que l'Iran est en train de préparer des ogives nucléaires. Il y a déjà eu de grandes manoeuvres aériennes pour préparer une telle frappe.»

Sur le Hezbollah

«La participation aux côtés d'Assad à la guerre civile en Syrie affaiblit le Hezbollah. Au Liban, les sunnites et même les chrétiens sont de plus en plus hostiles au Hezbollah chiite. Pour Israël, c'est positif, on se limite à empêcher le transfert de certaines armes sophistiquées de Syrie au Liban. Le Hezbollah pourrait-il être tenté d'attaquer Israël pour améliorer son image au Liban? Je crois que non. Après 2006, il a fallu cinq ou six ans pour tout reconstruire. S'il y a un nouveau round de combats, la population chiite du Liban le paiera très cher.»

Sur l'impact des opérations israéliennes contre le Hezbollah au Liban, en 2006, et contre le Hamas à Gaza, en 2008

«Du point de vue israélien, ces deux frontières sont relativement paisibles depuis. Donc, c'est en quelque sorte un succès, malgré ce qu'on a dit sur la performance de l'armée israélienne en 2006.»

Sur l'échec des négociations de 2000

«Pour moi, c'est la position israélienne sur Jérusalem-Est qui a tout compromis. C'était inacceptable pour les Palestiniens d'avoir autant de restrictions pour l'accès à leurs lieux saints. Ils étaient tout au plus prêts à accepter une souveraineté israélienne sur les quartiers juifs. Israël avait même proposé de construire une synagogue sur l'esplanade de la mosquée. Ça aurait embrasé la région. C'est comme si on construisait une synagogue au Vatican.»

Sur la question du retour des Palestiniens qui ont fui Israël ou ont été expulsés en 1947

«C'est de la propagande des deux côtés. Israël n'a jamais accepté de discuter autre chose qu'un retour d'au plus quelques dizaines de milliers de Palestiniens pour des réunifications familiales. Et le rêve d'Arafat était de proclamer la Palestine indépendante à al-Aqsa [Jérusalem] et d'inviter les réfugiés palestiniens à venir bâtir leur pays.»

Sur ce qui se serait passé en 1967 si Israël avait restitué la Cisjordanie à la Jordanie, ou au contraire avait expulsé les Palestiniens de Cisjordanie

«La Jordanie n'aurait jamais accepté de ravoir la Cisjordanie sans Jérusalem-Est, comme le voulait Israël. Et je ne crois pas qu'Israël aurait pu résister à la condamnation internationale qui aurait suivi l'expulsion des Palestiniens de Cisjordanie. Les Américains essayaient à ce moment de pousser Israël à accepter le retour des Palestiniens de 1947.»

Sur le million de Juifs qui ont été expulsés de pays musulmans après 1947, ou les ont fuis

«Je ne pense pas qu'on puisse faire une équivalence avec les réfugiés palestiniens de 1947 qui vivent dans des camps et n'ont pas été intégrés dans leur pays d'accueil. Les Juifs pouvaient aller en Israël, mais les Palestiniens ne sont ni égyptiens, ni syriens, ni libanais, ni jordaniens, même s'ils sont tous musulmans. La Palestine avait une culture, une langue et une histoire propres en 1947.»