Un an après l'offensive israélienne dans la bande de Gaza, le Hamas palestinien et Israël se disent prêts à une nouvelle confrontation, chacun assurant néanmoins qu'il n'en prendra pas l'initiative.

Publié le 13 nov. 2013
Adel ZAANOUN AGENCE FRANCE-PRESSE

Les hostilités entre l'armée israélienne et les groupes palestiniens, entre la première frappe qui a tué le chef des opérations militaires du Hamas, Ahmad Jaabari, le 14 novembre 2012, et la trêve le 21 novembre, ont fait plus de 170 morts palestiniens et six israéliens.

Le Centre palestinien pour les droits de l'homme (PCHR), basé à Gaza, a accusé mercredi dans un communiqué Israël de «nier le droit à la justice des victimes palestiniennes», précisant que 60 % des morts étaient des civils et dénonçant le classement sans suite par le procureur militaire israélien des enquêtes sur les frappes les plus controversées.

Lors d'une inspection de la division «Gaza» de l'armée israélienne mardi, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a estimé qu'un an après l'opération «Pilier de défense», «une dissuasion significative avait été atteinte», citant une baisse de 98 % des tirs de roquettes palestiniennes sur Israël.

«Israël continuera à respecter scrupuleusement le droit international, mais ne restera pas les bras croisés face aux terroristes», a-t-il prévenu.

Les organisations de défense des droits de l'homme et le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU (HCDH) ont accusé les belligérants d'avoir bafoué le droit humanitaire international.

«Le Hamas et les autres organisations terroristes continuent à s'armer de différentes manières. Ils essayent aussi de développer la voie souterraine, c'est-à-dire les tunnels», a souligné le premier ministre israélien.

Israël a rendu publique le 13 octobre la découverte d'un tunnel de 1,7 km partant de la bande de Gaza et débouchant en territoire israélien.

La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, a revendiqué le creusement de ce tunnel, en vue d'une future opération d'enlèvement de soldats israéliens pour les échanger contre des prisonniers palestiniens.

Le 1er novembre, quatre combattants du Hamas ont été tués et cinq militaires israéliens blessés lors de la destruction de ce tunnel par l'armée.

«Grave crise» avec l'Égypte

Ce tunnel est un «important message à Israël que le Hamas se prépare à frapper le plus loin possible», a indiqué à l'AFP un dirigeant du mouvement islamiste, Bassem Naïm.

«Le Hamas ne veut pas la guerre ni l'affrontement parce que la situation intérieure palestinienne pèse lourd, mais si cela se produit, il ne restera pas les bras croisés et ripostera avec force militairement, politiquement et diplomatiquement», a-t-il assuré.

L'ensemble des forces de sécurité du Hamas participait mercredi à un rassemblement place de la Katiba, dans la ville de Gaza, pour célébrer la «victoire».

«Nous arrivons pour la troisième Intifada, une Intifada armée, pour unir notre territoire et notre peuple en Cisjordanie et à l'intérieur de l'occupation (en Israël, NDLR) pour déraciner les Juifs (les Israéliens NDLR)», a déclaré dans un discours le ministre de l'Intérieur du gouvernement du Hamas, Fathi Hammad, considéré comme un radical au sein du mouvement.

La semaine dernière, le gouvernement du Hamas a annoncé l'introduction d'une nouvelle matière dans trois niveaux du collège-lycée des établissements qu'il gère pour inculquer «la foi dans la Résistance pour arracher les droits et prendre conscience de l'importance de préparatifs efficaces afin de faire face à l'ennemi».

Mais dans l'immédiat, la principale menace pour le Hamas vient de la dégradation des relations avec l'Égypte, après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi le 3 juillet et la destruction des tunnels de contrebande sous la frontière, et d'autre part avec l'Iran, en raison de la rupture avec le régime syrien, allié de Téhéran.

Le Hamas «est confronté à une grave crise», estime Naji Charab, professeur de sciences politiques à l'Université Al-Azhar de Gaza, considérant que «la seule issue est la réconciliation» avec le Fatah du président Mahmoud Abbas, qui gouverne les zones autonomes de Cisjordanie.

Un responsable du Hamas, Ahmad Youssef, reconnaît de «nombreuses difficultés à cause de la diminution du soutien de l'Iran, mais qui sont en train d'être surmontées», soulignant que «le Hamas s'emploie surtout à résoudre les problèmes causés par la fermeture des tunnels et il faut un certain temps pour sortir de cette crise».