C'est un geste de provocation pour certains, une stratégie de politique interne pour d'autres. À moins de 24 heures de la reprise des pourparlers avec les Palestiniens et pour la deuxième fois en trois jours, le gouvernement israélien a autorisé la construction de nouveaux logements dans les colonies juives.

Mis à jour le 14 août 2013
Philippe Mercure LA PRESSE

Le gouvernement israélien a annoncé mardi la construction de 942 nouveaux logements à Jérusalem-Est, une zone revendiquée par les Palestiniens pour y établir leur future capitale. Dimanche, un appel d'offres pour la construction de 1187 nouveaux logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est avait aussi été lancé. Ces annonces surviennent dans le contexte où les leaders israéliens et palestiniens doivent se rencontrer aujourd'hui à Jérusalem pour entamer les premiers pourparlers de paix depuis trois ans.

«Ces annonces signifient plusieurs choses, et l'une d'elles est que le gouvernement israélien n'a pas une confiance énorme dans les pourparlers de paix qui s'amorcent», analyse Rex Brynen, professeur de sciences politiques à l'Université McGill.

Selon lui, les annonces relèvent aussi beaucoup de la politique interne, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou cherchant actuellement à rassurer les tenants de la ligne dure de son propre cabinet.

«Ça montre aussi la position du gouvernement israélien actuel, qui considère que l'implantation de colonies est tout à fait appropriée», ajoute l'expert.

Le gouvernement israélien a toutefois commencé à libérer hier certains des 104 prisonniers palestiniens qu'il a promis de relâcher d'ici la fin des négociations.

Mais c'est l'annonce de l'accélération de la colonisation qui a retenu l'attention, provoquant une flambée de réactions négatives dans le monde.

«La colonisation menace de provoquer l'effondrement des négociations avant même qu'elles débutent», a affirmé à l'AFP un haut responsable de l'Organisation de libération de la Palestine, Yasser Abed Rabbo.

«C'est une décision terrible qui relève de la provocation envers les Palestiniens, les Américains et le monde entier», a aussi dit Yossef Pepe Alalu, maire adjoint de Jérusalem.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a toutefois assuré que le président palestinien, Mahmoud Abbas, restait engagé à poursuivre les négociations de paix malgré cette nouvelle annonce.

Rex Brynen note par ailleurs que les États-Unis, s'ils ont dénoncé le geste israélien, ont tout fait pour éviter d'utiliser le mot "illégal", même si les colonies sont considérées comme illégales par une grande partie de la communauté internationale.

John Kerry a plutôt parlé d'implantations "illégitimes". Il a affirmé avoir réitéré sa position «de façon très claire» au premier ministre Nétanyahou.

Rex Brynen croit que le gouvernement israélien s'est engagé dans les pourparlers sans réelle motivation, parce qu'il aurait été très mal vu de les bouder. Les leaders palestiniens qui y participent, de leur côté, ne représentent que les habitants de la Cisjordanie. Ceux de la bande de Gaza sont dirigés par le Hamas, qui est opposé aux négociations.

«Du côté israélien, je doute que le gouvernement soit prêt à faire les compromis nécessaires pour conclure une entente, dit l'analyste. Du côté palestinien, même si une entente en venait à être signée, je ne suis pas sûr qu'elle pourrait être implantée à travers tout le territoire. Alors non, je ne suis pas optimiste du tout.»