La requête pour la Palestine à l'ONU a remis le conflit israélo-palestinien au premier plan de la scène internationale. Malgré la réunion que le Quartette a tenue avec les deux parties au conflit hier, une résolution semble toujours loin. Mais cela n'empêche pas le pacifiste engagé Ibrahim Abu el-Hawa, surnommé l'ambassadeur de bonne volonté, de garder espoir.

Janie Gosselin LA PRESSE

Sur le mont des Oliviers, tout le monde semble connaître Ibrahim Abu el-Hawa. Il suffit de donner le nom d'une rue pour qu'un chauffeur d'autobus prononce son prénom en hochant la tête. Dans la ruelle sinueuse où il habite, les voisins montrent simplement vers la porte ouverte d'un immeuble en voyant un visage inconnu, sans attendre la question.

Surnommée la maison de la paix, la demeure de ce Palestinien de 69 ans accueille des visiteurs d'un peu partout, en échange d'une somme laissée à leur discrétion et de la promesse de garder les 10 chambres en ordre. Un groupe de Sud-Coréens, un Américain et un Mexicain s'affairaient autour de la cuisine lors du passage de La Presse.

Des photos et des coupures de journaux collés sur les murs témoignent des activités pacifistes du propriétaire des lieux, notamment dans des groupes comme Jerusalem Peacekeepers. Au plafond, deux drapeaux ont été accrochés: sur l'un, on peut lire «salam» en arabe. Sur l'autre, «shalom», en hébreu. «Paix» dans la langue de deux peuples en conflit depuis longtemps. Conflit qu'Ibrahim Abu el-Hawa n'accepte pas.

«Nous ne formons qu'un. Nous descendons tous d'Adam et Ève», dit le fervent bédouin, sur le ton d'un discours maintes fois répété.

Le natif de Jérusalem est pourtant bien conscient de l'écart actuel entre Palestiniens et Israéliens. «Je ne suis citoyen d'aucun pays. Je n'ai jamais eu de passeport. Si je quitte Jérusalem pour une année, je perds mon permis de résidence», souligne-t-il en rajustant son keffieh à motif damier rouge et blanc sur sa tête.

«Pourquoi est-ce qu'un Russe peut obtenir la citoyenneté à l'aéroport? poursuit-il. Pourquoi peut-il vivre ici et pas moi? Je ne veux pas être citoyen, je ne demande à aucun gouvernement de me donner du gâteau et du miel. Tout ce que nous voulons, c'est vivre sans haine, avec les mêmes droits et libertés pour tout le monde», précise-t-il.

Ce père de 10 enfants parle avec enthousiasme de sa famille - présente à Jérusalem depuis 1400 ans, dit-il -, de son engagement pour la paix et de tolérance, mais hésite à donner sa position sur les questions politiques.

Questionné sur la tentative palestinienne d'obtenir un siège à l'ONU, il laisse d'abord échapper un petit rire avant de plonger dans un long silence. Il explique ensuite la raison pour laquelle il trouve l'initiative inutile: le débat se passe à des milliers de kilomètres de chez lui. «Je crois que quelque chose peut arriver, mais sur le terrain, dit-il. Pourquoi doit-on toujours aller à Oslo, à Washington, à Moscou, à Londres pour trouver une solution? Qu'est-ce que les grands dirigeants savent de moi? Ils ne rencontrent jamais le coeur du pays.»

Lui-même est fier de maintenir le dialogue avec autant de gens que possible, et avec des membres importants des communautés juives et chrétiennes de la région. Son amitié avec le rabbin Menachem Froman, autre personnage singulier, le rend visiblement fier. L'Israélien, un des fondateurs du mouvement des colonies en Cisjordanie dans les années 70, reste controversé pour ses relations avec Yasser Arafat et le fondateur du Hamas, notamment.

Si les efforts de gens comme Ibrahim Abu el-Hawa sont salués par les partisans de la paix, ils restent marginaux. Certains vont même jusqu'à les trouver un peu vains. «Ibrahim rencontre des juifs et des chrétiens, mais j'ai l'impression qu'ils se réunissent pour montrer qu'ils peuvent être ensemble, être amis. Je ne crois pas qu'ils discutent vraiment des détails concernant l'établissement de la paix», observe Ernest Saenz, un Texan qui séjourne depuis deux mois dans la fameuse maison.

Mais pour Ibrahim Abu el-Hawa, il s'agit au contraire d'une étape primordiale. «Si les gens peuvent s'asseoir face à face, apprendre à se connaître, s'ils laissent de côté leurs peurs, alors, oui, nous serons prêts à vivre ensemble», résume-t-il.