Chaque année, environ 700 Palestiniens de moins de 18 ans sont arrêtés et détenus par les autorités israéliennes. À la lumière de l'échange conclu cette semaine entre Israël et le Hamas, l'UNICEF a appelé l'État hébreu à relâcher tous ses prisonniers mineurs.

Janie Gosselin LA PRESSE

À 2h30, Kassam Ahmed a entendu les soldats israéliens à la porte de sa maison de Beit Ummar, en Cisjordanie. «C'était en février. Ils ont demandé à voir Kassam», explique simplement le Palestinien de 16 ans.

Ils l'ont emmené dans un centre de détention, où il a été interrogé. Il a été accusé d'avoir lancé des pierres aux soldats israéliens. «J'ai dit non, je n'ai rien fait, je n'ai rien fait», raconte l'adolescent en se tordant les doigts.

Après quatre mois de détention, un juge d'un tribunal militaire l'a reconnu coupable. Il a été condamné à un mois et demi de prison.

Les organismes de défense des droits de la personne estiment qu'environ 700 mineurs palestiniens de Cisjordanie sont arrêtés, poursuivis et détenus chaque année par les autorités israéliennes. La majorité d'entre eux sont accusés d'avoir lancé des pierres sur des soldats ou des colons israéliens, ce qui leur vaut une peine moyenne de trois mois.

Une proportion importante des jeunes est arrêtée la nuit. Même si les chiffres sont en baisse depuis quelques années, plusieurs organismes ont sonné l'alarme sur la détention de mineurs.

Israël a accepté la semaine dernière de libérer 1027 prisonniers palestiniens en échange d'un soldat israélien détenu par le Hamas dans la bande de Gaza. La première phase de l'échange, qui a permis au jeune militaire et à 477 détenus d'être relâchés, s'est déroulée cette semaine.

La libération de 550 prisonniers supplémentaires devrait avoir lieu d'ici deux mois. La liste des prisonniers n'a pas encore été publiée et on ignore si des mineurs en feront partie.

Après l'annonce de l'accord entre Israël et le Hamas, l'UNICEF a demandé à l'État hébreu de libérer les 164 Palestiniens de moins de 18 ans actuellement détenus. «Comme stipulé dans la Convention sur les droits de l'enfant, la détention d'enfants ne devrait être utilisée qu'en cas de dernier recours et pour la plus courte période de temps indiquée», a dit dans un communiqué le représentant spécial de l'UNICEF à Jérusalem, Jean Gough.

Les arrestations ont souvent lieu dans des villages situés tout près des colonies, où les habitants sont actifs dans des mouvements militants. Le nombre d'arrestations à Beit Ummar, dans le sud de la Cisjordanie, reste l'un des plus élevés.

Des jeunes «brisés»

Chaque semaine, les villageois organisent une manifestation contre la barrière de séparation et les colonies voisines. «Ils arrêtent les enfants à cause de nos activités de solidarité, croit Mohamed Awad, responsable des médias pour le Comité populaire de Beit Ummar, groupe militant. Ils veulent nous faire du chantage, recueillir de l'information sur la communauté en passant par les enfants.»

Mohamed Awad assure que les adolescents reviennent en héros au village, loin d'être démoralisés par leur expérience. L'avocat Gerard Horton, qui travaille pour Defence for Children International-Palestine, en est moins sûr.

«La plupart des gens pensent que ces jeunes deviennent plus violents, plus militants, plus politisés, note-t-il. Mais c'est souvent le contraire. Ils sont plutôt brisés.»

La vie de Kassam Ahmed a changé depuis sa détention, dit-il. Il a abandonné l'école, refusant de reprendre l'année scolaire perdue. Il ne participe plus aux manifestations par peur d'être arrêté de nouveau. «La nuit, j'ai toujours peur qu'ils [les soldats] reviennent m'arrêter, confie l'adolescent. Je reste debout jusqu'au matin. Quand je suis sûr qu'ils ne viendront pas, je vais me coucher.»