C'est la guerre, version 2.0. Talibans et soldats de l'OTAN ne s'affrontent plus seulement à coups de bombes artisanales et de mitraillettes en Afghanistan. Depuis l'été dernier, ils poursuivent le combat sur Twitter, dans des escarmouches dignes des meilleures tweetfights qu'a connues le cyberespace.

Mis à jour le 18 oct. 2011
Vincent Larouche LA VOIX DE L'EST

Lorsque les insurgés ont lancé une attaque de 20 heures dans le quartier diplomatique sécurisé de Kaboul, en septembre, le bruit assourdissant des détonations sur le terrain laissait peu de place à la discussion.

Mais sur le site de microblogage Twitter, l'OTAN a interpellé les combattants directement.

«La conclusion est inévitable. La question est: pour combien de temps encore les terroristes vont-ils mettre la vie d'Afghans innocents en danger?», a twitté en anglais la Force internationale d'assistance et de sécurité, la mission de l'OTAN qui s'identifie sous le pseudo anglophone @ISAFmedia dans les réseaux sociaux.

La réponse est venue du compte Twitter @ABalkhi, détenu par Abdulqahar Balkhi. Celui-ci se fait le porte-parole des talibans et de leur «Émirat islamique d'Afghanistan». En anglais, dans un style truffé d'abréviations rappelant celui des textos d'adolescents, il a relancé l'OTAN.

«Je ne sais pas. Vous les avez mis en danger pendant les 10 dernières années. Des villages et marchés complets. Et vous avez encore le culot de parler de danger?», leur a-t-il demandé.

Les porte-parole de l'ISAF ont répliqué que, selon un rapport de l'ONU, 80 % des victimes civiles en Afghanistan sont tuées par les insurgés.

Abdulqahar Balkhi leur a renvoyé un tweet moqueur, en leur demandant s'ils croyaient que l'ONU était plutôt de leur côté ou du sien.

Visiblement, l'OTAN considère Abdulqahar Balkhi comme un authentique interlocuteur taliban.

«Ce n'est pas la première fois que nous avons parlé aux talibans au moyen de Twitter: nous les avions interpellés lorsqu'ils ont commencé à twitter en anglais plus tôt l'été dernier», a expliqué le lieutenant-commandant Kaye Sweetser, porte-parole de l'ISAF, dans un courriel envoyé à La Presse.

L'OTAN est fière de cette utilisation des réseaux sociaux, à laquelle elle a consacré une équipe baptisée «force de réaction rapide de la vérité», selon le jargon militaire.

«Nous engageons le combat corps à corps avec les talibans à travers Twitter», explique le lieutenant-commandant Sweetser. «Nous n'allons pas laisser les talibans prospérer dans le moindre espace de bataille.»

Elle concède que «le taux d'analphabétisme en Afghanistan est un problème», mais assure du même souffle qu'il y a «un groupe croissant de personnes établies en Afghanistan qui utilisent Twitter».

En matière de communications comme en puissance de feu, l'OTAN semble à première vue mieux équipée. Son compte @ISAFmedia a publié plus de 7300 tweets. Il est suivi par près de 14 000 internautes.

Le porte-parole taliban, lui, n'était suivi que par 1700 personnes au moment d'écrire ces lignes. Il a publié environ 570 tweets.

Mais comme sur le champ de bataille, les insurgés n'abandonnent jamais complètement. Ils continuent de défier les forces occidentales en se vantant d'une foule d'attaques et de soi-disant succès militaires démentis par la coalition.

«Nous avons rejoint l'avenir afghan, mais malheureusement, vous ne faites pas partie du portrait», ont-ils lancé à l'adresse de l'OTAN récemment.

Abdulqahar Balkhi n'a pas répondu à nos demandes d'entrevue sur Twitter. Nos courriels envoyés à l'adresse officielle de l'Émirat islamique d'Afghanistan sont aussi restés sans réponse.

Quelques échanges traduits entre l'OTAN (@ISAFmedia) et un porte-parole taliban (@ABALKHI)

1-De @ABalkhi: Un hélicoptère d'attaque US abattu à Uruzgan.

2-De @ISAFmedia: @ABalkhi continue d'avoir du mal avec la vérité. Rien d'abattu, pas de feu, pas de morts. L'hélico réparé s'est même envolé de la scène.

3- De @ABalkhi: Man, ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi

donc l'ISAF fait tant d'atterrissages « forcés » en terrain hostile? Peut-être que vous avez du mal avec la vérité.

1- De @ABalkhi: Non, je suis plutôt sûr que nous avons eu les

5 chars US poltrons éliminés à Washir.

2- De @ ISAFmedia: Si nous avions perdu autant de chars que le dit @ABalkhi, la planète entière serait sans chars au point où nous en sommes.

1-De ISAFmedia: Des photos ? Non. C'est bien ce que nous pensions.

2-De ABalkhi : Si j'en avais, les publieriez-vous ?