Israël et le Hamas mettaient dimanche la dernière main aux préparatifs d'un échange sans précédent prévu mardi du jeune soldat israélien Gilad Shalit, en captivité au secret à Gaza depuis plus de cinq ans, contre un premier groupe de 477 Palestiniens.

Jean-Luc Renaudie AGENCE FRANCE-PRESSE

Les deux parties ont publié simultanément la liste des prisonniers palestiniens, dont 27 femmes, qui vont être relâchés.

Un second groupe de 550 détenus palestiniens doit être libéré dans les deux mois, aux termes d'un accord signé mardi dernier entre Israël et le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza.

En relâchant 1027 prisonniers, dont des centaines condamnés à la perpétuité, Israël a consenti à payer le prix proportionnellement le plus élevé pour récupérer un de ses soldats. En mai 1985, l'État hébreu avait élargi 1150 Palestiniens contre trois militaires vivants.

Parmi les détenus relâchés, figure le plus ancien prisonnier palestinien d'Israël, Naïl Barghouthi, emprisonné depuis 1978, et la première femme de la branche armée du Hamas, Ahlam al-Tamimi, condamnée à 16 peines à perpétuité pour un attentat dans une pizzeria de Jérusalem-Ouest, qui avait tué 15 Israéliens le 9 août 2001.

Le négociateur israélien David Meidan s'est rendu en fin de semaine au Caire pour régler les derniers détails de l'échange et en a informé le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à son retour dimanche.

«La mission sera accomplie quand Gilad Shalit sera rendu vivant et en bonne santé à sa famille», a affirmé M. Nétanyahou dans un communiqué.

Un haut responsable du ministère de la Défense, Amos Gilad, a assuré que «l'accord est définitif et qu'aucun changement ne sera accepté», faisant allusion au sort de huit prisonnières palestiniennes non comprises dans la liste.

Selon le directeur du Conseil de sécurité nationale, le général Yaakov Amidror, «tout devrait se passer comme prévu sauf si la Cour suprême intervient ou si quelqu'un se livre à des provocations à Gaza», où le Hamas va organiser des célébrations populaires en l'honneur des détenus.

Plusieurs appels contre la libération des prisonniers palestiniens ont été déposés à la Cour suprême d'Israël, notamment par des familles de victimes d'attentats.

La plus haute instance judiciaire d'Israël n'a encore jamais remis en cause un accord d'échange de prisonniers conclu par le gouvernement.

Sur les 477 prisonniers qui vont être élargis, 131 seront autorisés à retourner chez eux dans la bande de Gaza, et sur les 110 qui pourront regagner leurs foyers en Cisjordanie, la moitié seront soumis à des restrictions de mouvement.

En revanche, 203 Palestiniens de Cisjordanie seront bannis, dont 145 vers la bande de Gaza et 40 vers l'étranger. Dix-huit autres auront obligation de séjourner pendant trois ans à Gaza.

Six Arabes israéliens vont pouvoir retrouver leurs familles tandis que 25 femmes seront autorisées à retourner dans leur foyer à Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem. Les deux dernières femmes seront transférées en Jordanie et à Gaza, selon le ministère de la Justice.

Le président Shimon Pérès a reçu samedi soir les dossiers de certains prisonniers palestiniens auxquels il doit accorder sa grâce dans le cadre de l'accord d'échange.

Selon la radio militaire, l'administration pénitentiaire israélienne a commencé à regrouper dimanche la majorité des détenus palestiniens dans la prison de Ketziot (sud d'Israël).

Les femmes ont été transférées dimanche matin dans la prison de HaSharon, au nord de Tel Aviv pour y subir un contrôle d'identité et des examens médicaux.

Selon la radio, Gilad Shalit, 25 ans et qui a aussi la nationalité française, sera transféré après sa libération de la bande de Gaza, où il est détenu depuis juin 2006, vers l'Égypte puis ramené en Israël par hélicoptère.

Il devrait atterrir sur la base de l'armée de l'air de Tel Nof (sud d'Israël), où l'accueilleront ses parents Noam et Aviva ainsi que le Premier ministre Benjamin Nétanyahou, le ministre de la Défense Ehud Barak et le chef d'état-major le général Benny Gantz.

Puis Gilad Shalit - qui sera automatiquement reconnu comme victime de stress post-traumatique - sera transporté chez lui à Mitzpe Hila, localité de Haute Galilée (nord).

Le père du jeune captif a mis en garde contre toute célébration prématurée en soulignant que «ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini».