Un chef du Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas, a appelé à des manifestations pacifiques la semaine prochaine avant la demande d'adhésion d'un État à l'ONU, dans un texte publié samedi à Gaza, contrôlé par son rival islamiste Hamas.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous invitons toutes les forces nationales et islamiques et le peuple, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, à mettre tous les moyens en oeuvre et à participer à des marches pacifiques qui auront lieu le 21 septembre en soutien à la demande» d'adhésion à l'ONU, a indiqué Zacharia al-Agha, un dirigeant du Fatah à Gaza, dans un communiqué.

M. al-Agha a insisté sur «l'impératif de maintenir un caractère pacifique à toutes ces actions et manifestations afin de ne pas fournir une excuse au gouvernement d'occupation israélien qui cherche à enflammer la région à l'approche de l'initiative palestinienne à l'ONU».

Il a aussi souligné la nécessité d'un mouvement palestinien «uni face à une campagne de menaces et de pressions».

Le Hamas, qui a chassé le Fatah du pouvoir à Gaza en 2007, a critiqué vendredi la démarche du président Abbas de demander l'adhésion d'un État palestinien à l'ONU, estimant qu'elle «comportait de grands risques».

La demande de M. Abbas «comporte de nombreux risques et peut constituer une violation des droits nationaux tels que le droit au retour, notre droit à la résistance et à l'autodétermination», a déclaré à l'AFP Sami Abou Zouhri, un porte-parole du Hamas à Gaza.

Réagissant samedi au communiqué de M. al-Agha, M. Abou Zouhri a déclaré: «Nous ne participerons à aucune manifestation de soutien» à l'initiative de M. Abbas «pour laquelle nous n'avons pas été consultés».

Également interrogé par l'AFP, un porte-parole du Djihad islamique à Gaza a lui aussi formellement écarté la participation des membres de son mouvement aux manifestations de soutien à l'initiative du président palestinien.

M. Abbas a confirmé vendredi qu'il présenterait le 23 septembre la demande d'adhésion d'un État de Palestine au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon pour qu'elle soit soumise au Conseil de sécurité.

Israël a rejeté sans surprise cette annonce, le bureau du premier ministre Benyamin Nétanyahou déclarant dans un bref communiqué que «la paix ne s'obtiendra pas par une démarche unilatérale à l'ONU».

Les États-Unis ont promis d'opposer leur veto au Conseil de sécurité à la demande palestinienne.

Les femmes manifestent

Des centaines de femmes palestiniennes et israéliennes ont manifesté samedi de chaque côté du «checkpoint» israélien de Kalandia, entre Jérusalem et Ramallah, en faveur d'un État palestinien à l'ONU.

«Abou Mazen (Mahmoud Abbas) n'hésite pas, nous sommes avec toi», «Israël dehors, dehors, Palestine État indépendant», ont scandé les manifestantes palestiniennes au principal passage entre Jérusalem et Ramallah en Cisjordanie occupée.

Israël ne peut empêcher la demande palestinienne



Un ministre israélien a reconnu samedi qu'Israël ne pouvait pas empêcher la demande d'adhésion d'un État palestinien à l'ONU, jugeant toutefois possible une relance des négociations de paix.

«Malheureusement, Israël n'a pas les moyens d'empêcher que les Palestiniens demandent l'adhésion de leur État à l'ONU et il est impossible de les arrêter», a déclaré à la radio publique israélienne le ministre sans portefeuille Yossi Peled, du parti Likoud (droite).

«Mais cette initiative se heurtera sans doute au refus du Conseil de sécurité et il nous restera une marge de manoeuvre pour négocier», a-t-il poursuivi.

«Israël ne peut pas se résigner au sentiment d'impuissance et doit faire valoir que la solution de deux États pour deux peuples doit être obtenue par la voie de pourparlers directs», a ajouté le ministre.

Interrogé par ailleurs sur l'éventualité d'une grave détérioration de la situation sécuritaire dans le sillage de l'initiative palestinienne, M. Peled a estimé qu'«Israël est un îlot de démocratie dans un océan islamiste et doit faire preuve de sagesse en ouvrant les yeux et les oreilles».

Dans une déclaration au journal en ligne Ynet, le vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon, du parti Israël Beiteinou (droite nationaliste), a de son côté mis en garde les Palestiniens contre les conséquences de leur initiative unilatérale.

«Ils (les Palestiniens) changent non seulement les règles du jeu, mais le jeu lui-même. Israël sait comment répondre et pourra dorénavant assurer ses intérêts sans être tenu par les limitations et ses concessions émanant des accords antérieurs, y compris ceux d'Oslo», signés en 1993, sur l'autonomie palestinienne, a affirmé M. Ayalon.

Selon la radio publique israélienne, le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak devait par ailleurs s'envoler samedi soir pour Washington pour des entretiens avec les dirigeants américains portant notamment sur le dossier palestinien, des questions régionales et sécuritaires.