Israël a averti les journalistes étrangers de ne pas embarquer à bord de la flottille internationale d'une dizaine de bateaux transportant de l'aide humanitaire à Gaza, qui doivent appareiller de Grèce dans les prochains jours.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Selon le Bureau de presse gouvernemental (GPO) israélien, les membres des médias étrangers qui prendront part à l'expédition sont passibles d'une interdiction d'entrée de dix ans en Israël.

«La flottille a l'intention de violer sciemment le blocus (maritime) qui a été reconnu légal et conforme à tous les traités et au droit international», a écrit le directeur du GPO, Oren Helman, dans une lettre adressée aux représentants des organes de presse étrangers basés en Israël.

«Que les choses soient bien claires (...) la participation à cette flottille est une violation volontaire de la loi israélienne et est susceptible de coûter aux participants une interdiction d'entrée en Israël pendant dix ans, la confiscation de leur matériel et des sanctions supplémentaires», non précisées, affirme M. Helman.

Des militants de 22 pays ont prévu d'appareiller de Grèce cette semaine à bord d'une dizaine de bateaux dans le cadre d'une «flottille de la liberté» transportant de l'aide humanitaire à Gaza, malgré des menaces d'Israël et l'opposition de l'ONU.

Dans un communiqué, l'Association de la presse étrangère (FPA), qui représente les journalistes étrangers couvrant Israël et les Territoires palestiniens, a aussitôt protesté contre cette lettre, estimant qu'«elle envoie un message glaçant aux médias internationaux et pose de sérieuses questions quant à l'engagement d'Israël en faveur de la liberté de la presse».

«Les journalistes couvrant un événement d'actualité légitime doivent être autorisés à faire leur travail sans menaces ni intimidation. Nous exhortons le gouvernement (israélien) à revenir immédiatement sur cette décision», selon le communiqué de la FPA.

De son côté, l'Association pour les droits civiques en Israël (ACRI), une ONG israélienne, a demandé dans une lettre au directeur du GPO de retirer les menaces à l'encontre des journalistes étrangers.

L'avocat de l'ACRI, Oded Feller, a estimé que l'avertissement des autorités israélienne n'avait «aucune base légale» et était «contraire au rôle des journalistes dans une société libre».

«Si les autorités israéliennes décident d'amener par la force les bateaux en Israël (...) et par conséquent les personnes qui se trouvent à bord, il ne sera pas possible de plaider qu'elles sont entrées illégalement dans le pays», argue l'avocat.

Jeudi, Israël a prévenu qu'il était «déterminé» à arrêter cette nouvelle flottille. «Israël a le droit d'autodéfense», l'opération «entre clairement dans le cadre d'une démarche politique», «relève de la provocation et n'a rien à voir avec une aide humanitaire», a justifié à New York l'ambassadeur d'Israël à l'ONU, Ron Prosor.

Rassemblant cette année 350 militants de la cause palestinienne dont l'écrivain suédois Henning Mankell, ainsi que quelques journalistes, cette initiative pour briser le blocus de Gaza imposé depuis cinq ans par Israël, et qui se veut pacifique, se reproduit pour la deuxième année consécutive.

En mai 2010, une première tentative d'approcher de Gaza (territoires palestiniens) a coûté la vie à neuf personnes après l'assaut sanglant de la marine israélienne contre le ferry turc Mavi Marmara, qui servait de navire amiral à la flottille.