Les chars de l'armée syrienne ont avancé mardi sur de nouvelles villes et villages proches des frontières turque et irakienne. Après douze semaines de soulèvement, le régime de Bachar el-Assad accentue la répression militaire dans le nord et l'est du pays, provoquant l'exode de milliers de Syriens.

ASSOCIATED PRESS

Des militants opposés au régime signalaient la présence de chars dans le village de Maaret al-Numan dans le nord du pays et de petites localités proches de Jisr al-Choughour, prise d'assaut dimanche par les unités d'élite appuyées par des hélicoptères.

Selon Mustafa Osso, un militant des droits de l'Homme, les chars avançaient aussi dans la grande province de Deir el-Zour, frontalière de l'Irak dans l'est du pays. Le gouvernement syrien affirme avoir déjoué dans ce secteur des tentatives pour faire passer des armes de contrebande par la frontière.

Face à cette campagne militaire qui prend de plus en plus d'ampleur, quelque 8 000 Syriens ont fui vers la Turquie voisine, d'où ils témoignaient de la violence de la répression.

Les militaires «font des dégâts aux maisons et aux bâtiments, ils tuent même les animaux et mettent le feu aux arbres et aux champs», racontait Mohammad Hesnawi, 26 ans, qui a fui Jisr al-Choughour. Il accusait les milices progouvernementales, les «shahiba», d'avoir perpétré des atrocités.

Les autorités turques s'occupaient en priorité des femmes et des enfants qui fuyaient le village frontalier d'al-Hasaniya, où les habitants «mangent les fruits sur les arbres, dont les pommes et les cerises», car il n'y a pas assez de nourriture pour tout le monde, selon le jeune homme.

Seules des informations parcellaires parvenaient des régions du nord de la Syrie, alors que le régime a expulsé les journalistes étrangers.

Certains spécialistes pensent que le président Bachar el-Assad essaie d'empêcher l'opposition d'établir une base à l'instar des insurgés libyens à Benghazi. Le fils de Bachar el-Assad semble avoir abandonné toute velléité d'offrir des réformes, mais a envoyé les chars, les hélicoptères de combat et ses forces les plus loyales écraser la contestation dans les secteurs les plus peuplés.

Les légères réformes initialement promises par le chef de l'État n'avaient pas calmé la colère de la rue, les milliers de protestataires manifestant dans tout le pays assurant qu'ils n'arrêteraient le mouvement que lorsqu'il aurait quitté le pouvoir, mettant fin à 40 ans de règne autoritaire de sa famille.

Au cours de la semaine écoulée, le gouvernement, menacé de perdre le contrôle de vastes pans du pays, semble avoir renoncé à faire mine d'engager des réformes.

La brutale répression du soulèvement a montré sous un nouveau jour Bachar el-Assad qui a succédé à son père il y a onze ans après la mort de ce dernier. Il était considéré comme beaucoup en Syrie comme à l'étranger comme un réformateur de coeur, entravé par les membres de la vieille garde syrienne opposés aux changements, notamment chez la minorité alaouite.

La plupart des opérations militaires majeures ont été menées près des frontières du pays, à Jisr al-Choughour, à Deraa, berceau de la contestation dans le Sud, non loin de la frontière jordanienne, et dans la province centrale d'Homs, bordant le Liban.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a ouvert ses frontières aux Syriens fuyant la répression, a accusé le régime d'Assad de «sauvagerie» tout en déclarant qu'il essaierait de parler au président syrien pour aider à résoudre la crise.

Selon les militants syriens, plus de 1400 personnes ont été tuées et quelque 10 000 autres placées en détention dans le cadre de la répression du soulèvement populaire qui a commencé à la mi-mars.

Lors d'une conférence de presse à Paris, le docteur Ammar Qurabi, président de l'Organisation nationale des droits de l'Homme en Syrie, a expliqué que les défections au sein de l'armée syrienne étaient d'ampleur limitée. «Ce sont encore des cas qui se mesurent en centaines», a-t-il expliqué. Il s'agit de «soldats qui ont refusé de tirer sur les habitants». Toutefois, si la répression se poursuit, «on peut s'attendre à davantage de défections», selon lui.

D'après lui, 1300 civils et 80 membres des forces de sécurité ont été tués. Il a aussi fait état de 50 enfants qui seraient morts sous la torture, selon des témoignages notamment de soldats.