L'Iran a accusé mardi «d'espionnage» deux Allemands arrêtés en octobre alors qu'ils interviewaient le fils d'une Iranienne condamnée à mort par lapidation, au risque de provoquer un nouveau contentieux avec l'Occident avant la reprise du dialogue sur le nucléaire.

Publié le 16 nov. 2010
Laurent Maillard AGENCE FRANCE-PRESSE

«Ces Allemands sont entrés en Iran en se présentant comme des touristes, mais leur activité dans le pays montre qu'ils sont venus pour des activités d'espionnage», a affirmé Malek Ajdar Sharifi, chef de l'autorité judiciaire de Tabriz où les deux hommes ont été arrêtés et sont détenus.

M. Sharifi les a également accusés de vouloir «lancer une campagne de dénigrement» contre l'Iran.

À Berlin, le ministère allemand des Affaires étrangères a indiqué à l'AFP ne pas avoir «pour le moment d'informations» supplémentaires sur ces accusations, en soulignant que les Allemands «bénéficient d'une aide consulaire intensive».

Ils ont reçu mardi la visite d'un diplomate de l'ambassade, la seconde visite consulaire autorisée depuis leur arrestation.

La condamnation à mort par lapidation de Sakineh Mohammadi-Ashtiani dans une affaire d'adultères et de meurtre, datant de 2006 mais révélée en juillet, a suscité une intense émotion en Occident malgré les assurances de Téhéran que la sentence avait été «suspendue» et était en cours de révision.

Les deux Allemands, dont l'identité n'a pas été révélée, ont été interpellés le 10 octobre, alors qu'ils interviewaient le fils de cette femme de 43 ans et son avocat Javad Houtan Kian, qui ont aussi été arrêtés.

En mission pour le groupe de presse allemand Springer selon l'hebdomadaire Der Spiegel, ils sont entrés en Iran avec des visas touristiques. Les envoyés spéciaux des médias étrangers en Iran doivent avoir un visa de presse.

Berlin a demandé à plusieurs reprises leur libération.

Cette accusation d'espionnage intervient au lendemain de la diffusion par la télévision d'État iranienne d'une «confession» des deux hommes mettant en cause une militante iranienne, Mina Ahadi, fondatrice du Comité international contre la lapidation basé en Allemagne.

Leurs déclarations n'étaient pas audibles, totalement couvertes par une voix off censée traduire leurs propos en persan.

L'accusation d'espionnage risque de compliquer leur libération.

Leur situation rappelle celle de trois randonneurs américains arrêtés en juillet 2009 à la frontière irakienne. Initialement accusés d'«entrée illégale» en Iran, ils ont finalement été poursuivis pour espionnage. Deux d'entre eux sont toujours détenus dans l'attente d'un procès, après la libération en septembre du troisième, une jeune femme de 32 ans malade.

Ce durcissement de l'Iran dans une affaire liée à celle de Mme Mohammadi-Ashtiani, dont la vaste médiatisation en Occident irrite Téhéran, intervient avant la reprise envisagée en décembre des discussions internationales sur les activités nucléaires iraniennes controversées.

L'Allemagne est l'un des six interlocuteurs de Téhéran dans ce dossier délicat, aux côtés des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU.

L'Iran, qui a rejeté toutes les résolutions du Conseil de sécurité condamnant son programme nucléaire, accuse les Six d'avoir une approche systématiquement biaisée à son égard.

Le secrétaire à la Défense américain Robert Gates a estimé mardi qu'une action militaire contre l'Iran ne parviendrait pas à empêcher Téhéran de poursuivre son programme nucléaire.

Signe de tensions, la France a dénoncé mardi des violences commises dimanche à l'entrée de la résidence de son ambassadeur à Téhéran par «des services de sécurité non identifiés» qui ont arrêté des personnes invitées, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.