L'Iran participe en secret à la campagne contre les forces étrangères dirigées par les États-Unis en Afghanistan, en fournissant aux talibans de l'argent, des armes et un entraînement, selon des documents américains confidentiels diffusés par le site Wikileaks.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces documents contiennent des notes diplomatiques secrètes émanant de l'ambassade des États-Unis à Kaboul, exprimant des inquiétudes à propos de l'influence grandissante de l'Iran en Afghanistan, écrit le quotidien britannique The Guardian qui en publie lundi un résumé.

Ces rapports, basés pour la plupart sur des informations fournies par des espions et informateurs afghans rémunérés, ne peuvent toutefois être corroborés, ajoute le journal.

«L'Iran a pris une série de mesures pour étendre et renforcer son influence en Afghanistan», selon une note secrète de l'ambassade américaine, écrite par un officier de haut rang.

Cette note fait état d'allégations venant du ministère afghan des Affaires étrangères selon lesquelles l'Iran verserait plusieurs millions de dollars de pots-de-vin à des parlementaires afghans et oeuvrerait au départ de ministres réformateurs du gouvernement.

L'Iran a des relations étroites avec l'Afghanistan, pays voisin, et a plusieurs fois rejeté des accusations selon lesquelles il soutiendrait l'insurrection qui combat les forces étrangères et le gouvernement afghan.

Téhéran a réclamé à plusieurs reprises le retrait des forces américaines et étrangères d'Afghanistan, dont la présence selon lui entretient la résistance des talibans.

Dans un de ces documents, daté de mars 2009, les services de renseignement américains affirment qu'un groupe de plus de cent insurgés afghans et étrangers s'est rendu en Afghanistan depuis l'Iran pour y mener des attaques suicide.

En mai 2009, le général américain Stanley McChrystal, alors commandant des forces internationales en Afghanistan, aurait déclaré que «l'entraînement (des insurgés) que nous avons constaté se déroule en Iran, avec des combattants se déplaçant à l'intérieur de l'Iran».

Un rapport daté de février 2005, émanant de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), affirme que des talibans planifiaient des attentats dans les provinces afghanes du Helmand et de l'Uruzgan depuis le sol iranien.

«Les leaders se rendent en Afghanistan pour recruter des soldats», affirme le document, ajoutant que le gouvernement iranien a offert à chaque chef insurgé une prime de 1.740 dollars pour un soldat afghan tué et de 3 480 dollars pour un responsable gouvernemental.

Un autre document de janvier 2005 affirme que les services de renseignement iraniens ont payé dix millions d'afghanis (212 000 dollars) au Hezb-e-Islami de l'ancien Premier ministre afghan Gulbuddin Hekmatyar, le deuxième mouvement d'insurgés islamistes après les talibans en Afghanistan.

Selon un rapport des services de renseignement de juin 2006, des responsables iraniens entraînaient alors des combattants des talibans et du Hezb-e-Islami à Birjand, une ville de l'est de l'Iran proche de la frontière afghane.

Des bombes et des véhicules destinés aux kamikazes ont été envoyés en Afghanistan depuis cette région, selon le même document. Deux autres parlent de matériel destiné à fabriquer des bombes acheminé d'Iran.

Selon un document de février 2007, des habitants du Helmand, dans le sud de l'Afghanistan, pensaient alors que l'Iran a fourni aux talibans un poison destiné à être introduit dans le thé ou la nourriture de responsables gouvernementaux.

Un document au moins fait état de la réticence du gouvernement afghan à rendre publics les liens supposés de l'Iran avec les insurgés, soulignant que le président Hamid Karzaï était soucieux «d'éviter des frictions supplémentaires avec les voisins de l'Afghanistan».