Le patron de la police algérienne, Ali Tounsi, en poste depuis seize ans, a été assassiné jeudi par un collaborateur qui a ensuite retourné son arme contre lui lors d'une réunion siège de la direction générale de la sûreté nationale à Alger.

Mis à jour le 25 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Selon le ministère algérien de l'Intérieur, la mort d'Ali Tounsi est survenue lors d'une séance de travail durant laquelle un cadre de la police, apparemment pris d'une crise de démence, a ouvert le feu sur le chef de la police avec son arme de service.

L'auteur de l'assassinat, qui a ensuite retourné l'arme contre lui en «se blessant gravement», a été hospitalisé, a précisé le ministère dans un communiqué.

Une enquête judiciaire a été ouverte pour «déterminer les circonstances de ce douloureux événement», selon la même source.

Le quotidien francophone El Watan a précisé dans son édition électronique que l'officier auteur des coups de feu a également tiré dans un moment de colère noire sur tous ses collègues présents à la réunion.

Cette information n'a pas été confirmée de source officielle.

Selon le quotidien arabophone El Khabar, l'homme, qui était le chef de la division héliportée de la police algérienne, a tiré sur Ali Tounsi après un vif échange à propos d'informations prêtant au patron de la police l'intention de le limoger.

Plusieurs journaux ont indiqué jeudi qu'une enquête ordonnée récemment par Ali Tounsi sur des contrats passés avec des fournisseurs de pièces de rechange d'hélicoptères et de matériels informatique avait révélé l'implication de l'auteur de cet assassinat dans «des transactions douteuses».

«L'auteur des coups de feu n'a pas accepté les conclusions de cette enquête et n'était pas prêt à se soumettre à une quelconque sanction administrative ou à faire l'objet de poursuites judiciaires. Il est passé à l'acte après avoir eu vent de son prochain limogeage», a affirmé le quotidien arabophone Echorouk dans son édition électronique.

Son identité n'a pas été communiquée, mais il s'agit selon la presse de Chouib Woustache.

Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a souligné «le patriotisme de feu Colonel Ali Tounsi, compagnon d'armes et cadre valeureux».

«Tounsi a consacré toute sa vie au service de la nation, à la lutte antiterroriste durant les 16 dernières années et à la modernisation de la sûreté nationale», a ajouté M. Zerhouni.

La victime avait été nommé à la tête de la police en 1994 au moment où les violences des groupes armés islamistes contre les forces de l'ordre étaient à leur paroxysme.

Depuis, il s'est employé à faire de la police la cheville ouvrière de la lutte contre le terrorisme, notamment dans les zones urbaines.

Ce corps de sécurité a mis en place un important dispositif de sécurisation de la capitale et de ses environs après les attentats suicides perpétrés à l'aide de voitures piégées à Alger en avril et décembre 2007 par la Branche maghrébine d'Al-Qaeda.

La police a installé des barrages fixes ou inopinés sur les grands axes routiers ou aux abords de la capitale.

Sous la houlette d'Ali Tounsi, la sûreté nationale est parvenue à déployer fin 2009 à Alger 40 000 policiers, contre 23.000 en 2008. La capitale, qui n'a pas enregistré d'attentat islamiste depuis plus de deux ans, compte environ 3,5 millions d'habitants.

Le chef de la police prévoyait de porter les effectifs de ses forces à 200 000 à fin 2010 contre 140 000 fin 2007. La police compte quelque 9.000 femmes, soit 7,8% des effectifs.

L'Algérie dispose d'une académie de police, de 14 écoles supérieures de police et de 35 centres de formation.