La communauté multiséculaire chrétienne de Mossoul est exaspérée par l'inaction des services de sécurité alors que trois de ses membres ont été abattus en trois jours par des tueurs qui ont réussi à s'échapper après avoir commis leur crime.

Mis à jour le 16 févr. 2010
Moujahid Mohammad AGENCE FRANCE-PRESSE

Mardi matin, dans le quartier al-Arabi, situé dans le nord de la ville, deux cousins assyriens Ziya Toma, 21 ans, étudiant à la faculté d'ingénierie, et Ramsen Shmael, 22 ans, étudiant en pharmacie, se rendaient à leurs cours, selon la police.

Une voiture s'est arrêtée. Un tueur est sorti, les a mitraillés puis il est remonté dans le véhicule où l'attendaient deux complices. Ils ont réussi à prendre la fuite, alors que les deux victimes gisaient dans leur sang, a ajouté cette même source.

Ziya était sans vie et Ramsen est grièvement blessé. La police a bouclé le quartier et a ouvert une enquête.

«Nous ne voulons pas d'élections, nous ne voulons pas de députés, nous faisons fi de nos droits, nous voulons seulement vivre et préserver l'âme de nos frères et de nos fils», a affirmé à Bassel Abdel Nour, prêtre de l'église assyrienne Behnam, qui se trouve dans le quartier où a eu lieu l'assassinat.

«C'est devenu un cauchemar. Nous en avons assez d'être tués, d'être déplacés. Les forces de sécurité ne peuvent pas se contenter de regarder passivement la situation. Nous les tenons responsables car elles sont chargées de protéger tous les Irakiens», a-t-il ajouté

Lundi, un marchand de primeurs syriaque catholique, Mounir Fatoukhi, 40 ans, a été tué par des inconnus qui ont ouvert le feu à partir d'une voiture sur son magasin à Sahaba, un quartier dans l'ouest de la ville, selon la police.

Dimanche, c'est un marchand de kebbé, un plat régional, Rayan Salem Elias, 43 ans, de confession chaldéenne qui avait été abattu devant chez lui, dans l'est de Mossoul.

Pour la police, il s'agit d'un complot lié à la tenue le 7 mars des élections législatives. «L'attaque contre les chrétiens est une opération organisée qui se produit de temps à autre et qui a des motivations politiques d'autant que nous nous approchons des élections», a affirmé mardi un commandant de la police qui se trouvait sur les lieux de l'attentat.

«Ce n'est pas nouveau. Nous, Irakiens sommes la cible d'attentat et particulièrement les chrétiens. Cela se produit à chaque élection. Les tueurs utilisent le confessionnalisme pour déstabiliser le pays et les forces de sécurité», a-t-il ajouté.

Une bonne partie des 500 000 chrétiens vivant encore en Irak, résident à Mossoul, 350 km au nord de Bagdad.

«Nous sommes terrifiés. On nous tue pour vider Mossoul de sa principale composante et les forces de sécurité ne sont pas capables de nous offrir la sécurité», avait déploré mardi Hazem Girgis, un diacre syriaque orthodoxe de l'église Saint-Ephrem du quartier Chourta, au centre de Mossoul.

Dans un rapport publié en novembre, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) avait affirmé que les minorités, notamment chrétiennes, du nord de l'Irak étaient les victimes collatérales du conflit entre Arabes et Kurdes pour le contrôle de territoires disputés et devaient être protégées.

Fin 2008, une campagne de meurtres et de violences ciblées a fait 40 morts parmi les chrétiens, entraînant le départ de Mossoul de plus de 12 000 d'entre eux. Les diverses communautés se rejettent la responsabilité de ces attaques.