Quatre ans après l'assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri, le tribunal chargé d'identifier et de juger ses meurtriers va commencer ses travaux à La Haye demain. Son procureur sera le Québécois Daniel Bellemare. Il aura du pain sur la planche puisque l'initiative divise les habitants du pays du Cèdre, nous explique notre collaborateur à Beyrouth.

Mis à jour le 28 févr. 2009
Thomas Abgrall LA PRESSE

«Nous attendions ce tribunal avec impatience, nous avons faim de justice. Nous avons supporté des années de sacrifice pour obtenir que ce jour arrive», s'exclame Serena Harb, une étudiante de 20 ans. Comme une grande partie des Libanais, elle a accueilli le lancement des travaux du tribunal avec soulagement.

 

«Qu'il y ait ou non un compromis avec la Syrie, le plus important est d'obtenir que le tribunal fonctionne, que des responsables soient désignés. C'est un message pour les tueurs qui ne pourront plus reprendre leurs assassinats impunément», explique Elie, la soixantaine.

«Il ne faut pas se leurrer, explique Thérèse, résidante du quartier chrétien d'Achrafieh, la justice libanaise n'aurait pas été capable de juger les responsables des attentats, car les pressions des Syriens sont encore trop grandes. Nous avons confiance en la justice internationale.»

Parmi les partisans de la majorité antisyrienne, dite du 14 mars, il ne fait pas l'ombre d'un doute que le régime de Bachar al-Assad a du sang sur les mains: «Nous savons depuis le début qui est responsable, mais nous voulons des preuves judiciaires. En 2005, les Syriens étaient les maîtres au Liban et ils ont tué Hariri parce qu'il voulait l'indépendance du pays», affirme Maria Semerjian, 21 ans. Certains sceptiques doutent toutefois de l'efficacité du tribunal. «La question est de savoir jusqu'où les enquêteurs vont remonter. Nous craignons que les commanditaires ne soient jamais démasqués. Des compromis politiques, il y en a toujours eu, même avec le tribunal international sur l'ex-Yougoslavie. Nous redoutons que le Liban fasse les frais de négociations entre Syriens et Américains. C'est une constante historique au Liban», déplore Haissam, 42 ans.

Scepticisme

Du côté des supporteurs du général chrétien Aoun, farouche antisyrien s'étant allié depuis deux ans avec le Hezbollah, on approuve sans réserve le tribunal, tout en condamnant la manière dont il a été institué: «Nous avons été les premiers à soutenir le tribunal, mais il a été imposé sans consultation avec les autres parties politiques. Son statut a été adopté de force par l'ONU, portant atteinte à la souveraineté libanaise», explique Dany Dib, responsable étudiant du Courant patriotique libre (CPL). Mais au sein de la population proche du Hezbollah et de son allié chiite Amal, les positions sont très méfiantes. «Ce tribunal a été politisé dès le départ. Il a été utilisé par la France, les États-Unis et Israël pour mettre en accusation la Syrie et par ricochet le Hezbollah, son principal allié», soutient Ahmad, 21 ans, un militant du Parti de Dieu. Il estime que «l'un des objectifs de ce tribunal est de faire pression sur le Hezbollah pour qu'il désarme».