Au 70e jour du conflit en Ukraine, l’Union européenne a annoncé vouloir mettre en place un embargo sur les importations de pétrole russe d’ici la fin de l’année, mais les 27 pays peuvent-ils vraiment s’en passer si vite ? Déjà, une ligne de faille apparaît entre l’Ouest et l’Est.

Publié le 5 mai
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

Fermer les robinets « d’ici la fin de l’année »

« Nous renoncerons progressivement aux livraisons russes de pétrole brut dans les six mois et à celles de produits raffinés d’ici à la fin de l’année », a déclaré à Strasbourg la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Mais cet objectif ambitieux pourrait engendrer des coûts importants pour les pays européens, préviennent des experts. Le marché mondial du pétrole, vers lequel l’Europe devra se tourner si elle souhaite s’affranchir de la Russie, est « très difficile » à prédire, rappelle Yvan Cliche, fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. « Il s’agit d’une tâche titanesque qui n’a jamais été réalisée. Mais des exemples concrets existent, comme en Lituanie, […] et la Pologne se dit sûre de pouvoir appliquer l’embargo. Son succès reste toutefois incertain », affirme-t-il.

Une proposition qui divise

Déjà, la Commission prévoit une exemption pour la Hongrie et la Slovaquie, deux pays enclavés et totalement dépendants des livraisons par l’oléoduc « Droujba », qui pourront continuer leurs achats à la Russie en 2023. Mais cette dérogation pose problème, car la Bulgarie et la République tchèque voudraient également en bénéficier. De plus, la Hongrie a tout de suite affiché son opposition à la proposition de l’Union européenne. « En toute responsabilité, nous ne pouvons pas voter pour », a annoncé le ministre des Affaires étrangères de la Hongrie, Péter Szijjártó. « Nous avons été clairs à ce propos, nos compagnies pétrolières ont été claires à ce propos, la plus courte période [pour implanter un tel embargo] serait de trois à cinq ans », a indiqué le porte-parole du premier ministre hongrois à CNN.

PHOTO ADEM ALTAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Péter Szijjártó, ministre des Affaires étrangères de la Hongrie

Des conséquences désastreuses pour la Russie

Ces nouvelles sanctions pourraient toutefois porter un coup fatal à la Russie, et leurs conséquences pourraient se faire ressentir « pendant plusieurs générations », estime Yvan Cliche. Les ventes d’hydrocarbures sont en effet essentielles au régime russe pour continuer à soutenir son offensive en Ukraine. Sans ces revenus, le pays pourrait avoir de la difficulté à payer ses militaires, ses fonctionnaires et leurs retraites, fait valoir pour sa part le professeur à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal Florian Mayneris. Même en se tournant vers la Chine pour exporter son pétrole ou son gaz, la Russie ne s’en sort pas pour autant, car elle devra alors négocier au rabais ses exportations d’énergies fossiles, ajoute Yvan Cliche.

Un nouveau cessez-le-feu à Marioupol

Après avoir lancé un « puissant assaut » sur l’aciérie Azovstal mardi, la Russie a annoncé mercredi que ses forces allaient cesser le feu dans le port ukrainien de Marioupol pour ouvrir un couloir humanitaire durant trois jours et ainsi permettre l’évacuation des civils du site. De son côté, le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a appelé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à aider à « sauver » les blessés se trouvant sur le site de l’aciérie. M. Zelensky a plus tard précisé qu’environ 300 civils avaient pu s’enfuir de l’aciérie.

PHOTO ALEXEI ALEXANDROV, ASSOCIATED PRESS

De la fumée s’élevait toujours de l’aciérie Azovstal à Marioupol, mercredi.

La Russie simule des tirs nucléaires

Moscou a affirmé mercredi que son armée avait simulé des tirs de missiles à capacité nucléaire dans l’enclave russe de Kaliningrad, située entre la Pologne et la Lituanie. Selon ce qu’a déclaré le ministère de la Défense russe dans un communiqué, des « lancements électroniques » de systèmes de missiles balistiques mobiles Iskander à capacité nucléaire auraient été effectués. Après le début de l’offensive en Ukraine, en février dernier, le président de la Russie, Vladimir Poutine, avait proféré des menaces à peine voilées laissant entrevoir une volonté de déployer des armes nucléaires tactiques.

Son espace aérien violé, la Finlande se rapproche de l’OTAN

Pendant ce temps, la Finlande espère une ratification « la plus rapide possible » par les 30 membres de l’OTAN en cas de candidature pour rejoindre l’Alliance atlantique, a affirmé mercredi sa première ministre, Sanna Marin. Mais Helsinki souhaite des garanties de protection durant la période d’adhésion, qui peut durer plusieurs mois, et mène des discussions avec les principaux pays de l’alliance, a-t-elle ajouté, citant les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France. Comme pour rappeler sa proximité avec le pays de Vladimir Poutine, un hélicoptère de l’armée russe a violé l’espace aérien de la Finlande mercredi matin.

Des frappes jusqu’en Transcarpatie

Épargnée jusqu’ici, la région de la Transcarpatie, qui partage ses frontières avec la Hongrie et la Slovaquie, a été touchée par ses premiers bombardements. « Un missile est tombé dans une zone montagneuse de Transcarpatie. Les services travaillent sur place, nous clarifions les informations sur les blessés et les victimes possibles », a déclaré sur Telegram le gouverneur de cette région, Viktor Mikita. Cette attaque s’inscrit dans une opération tous azimuts de l’armée russe qui crible l’Ukraine d’est en ouest. « Afin de détruire les infrastructures de transport de l’Ukraine, l’ennemi a tiré des missiles sur des installations dans les régions de Dnipropetrovsk, Kirovograd, Lviv, Vinnytsia, Kyiv, de la Transcarpatie, d’Odessa et de Donetsk », a déclaré l’état-major de l’armée ukrainienne.

Avec l’Agence France-Presse, CNN et Le Monde

Les renseignements de Washington ont permis à Kyiv de tuer des généraux russes

Les renseignements fournis par les États-Unis à l’armée ukrainienne ont permis de tuer de nombreux généraux russes près du front, a affirmé mercredi le New York Times, citant des sources anonymes au sein des services américains. Les efforts de renseignement de Washington pour aider l’Ukraine au plus près, dans les combats, se sont notamment « concentrés sur la détermination de la localisation et d’autres détails sur les quartiers généraux mobiles de l’armée russe, qui se déplacent régulièrement », écrit le quotidien américain. Selon de hauts responsables cités de manière anonyme, ces informations, combinées à celles des Ukrainiens – et notamment l’interception de communications –, ont permis à ces derniers de mener des frappes d’artillerie sur de hauts officiers russes. Ces sources n’ont pas souhaité donner leur nombre, selon le New York Times. Les Ukrainiens ont revendiqué à plusieurs reprises avoir tué des généraux russes sur le terrain, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.

Agence France-Presse

En savoir plus

  • 25,4 %
    Proportion de pétrole importé dans l’Union européenne provenant de la Russie
    Source : Eurostats