(Varsovie) Des organisations de défense des droits de l’Homme ont jugé mercredi « dévastatrice » la loi polonaise sur l’avortement, au moment où l’on apprenait le décès d’une autre femme enceinte, imputé à l’interdiction quasi totale de l’IVG.

Publié le 26 janvier
Agence France-Presse

Amnistie internationale, Human Rights Watch, l’Organisation mondiale contre la torture et plusieurs autres ONG ont publié une déclaration commune un an après l’entrée en vigueur des nouvelles restrictions polonaises.  

Ce pays traditionnellement catholique disposait déjà de l’une des lois les plus restrictives d’Europe en matière d’avortement lorsque la Cour constitutionnelle s’est rangée du côté du gouvernement populiste-nationaliste en déclarant les interruptions de grossesse pour malformation fœtale « inconstitutionnelles ».

Ce verdict « a eu un impact dévastateur sur la vie des femmes », ont déclaré les ONG.  

« Le jugement a accru les obstacles extrêmes auxquels sont confrontées les femmes qui cherchent à accéder à l’avortement, et a eu des conséquences tragiques pour nombre d’entre elles et leurs familles ».   

Selon les ONG, plus de 1000 Polonaises se sont déjà tournées vers la Cour européenne des droits de l’Homme pour contester la loi.  

Tout avortement est désormais interdit en Pologne, sauf en cas de viol et d’inceste, ou lorsque la vie ou la santé de la mère sont considérées comme en danger.  

Le gouvernement a justifié cette interdiction comme un moyen de mettre fin à ce qu’il appelle « avortements eugéniques », mais, selon les militants, la nouvelle loi oblige les femmes à mener des grossesses non viables.  

L’année dernière, des milliers de Polonais ont manifesté quand une femme de 30 ans est décédée de septicémie à la suite de la mort de son fœtus.  

Sa famille l’avait qualifiée de première victime de l’interdiction de l’avortement, affirmant que les médecins avaient adopté une attitude attentiste suite aux nouvelles dispositions.  

Mardi, une autre femme — Agnieszka T., 37 ans — a été une nouvelle victime de cette loi, estime sa famille selon laquelle elle aussi est morte d’une septicémie.   

La mère de trois enfants a atterri à l’hôpital avec des douleurs au ventre alors qu’elle était enceinte de jumeaux. L’un des fœtus est mort par la suite.  

« L’extraction du fœtus mort n’a pas été autorisée, car la loi polonaise l’interdit strictement. Ils ont attendu que les fonctions vitales de l’autre jumeau se stabilisent d’elles-mêmes », pendant huit jours, a indiqué la famille sur Facebook.  

Sa mort a suscité l’indignation de l’opposition et des militants des droits des femmes, qui ont annoncé une manifestation mercredi devant la Cour constitutionnelle à Varsovie.

Avant même le durcissement de la loi, moins de 2000 avortements légaux étaient pratiqués chaque année en Pologne, tandis que 200 000 autres femmes interrompaient leur grossesse de manière illégale ou à l’étranger, selon des associations de femmes.