(Paris) La campagne présidentielle française a rattrapé Emmanuel Macron au Parlement de Strasbourg mercredi où sa défense de l’État de droit au sein de l’Europe a suscité de vives réactions d’Éric Zemmour et du parti de Marine Le Pen, tandis que le candidat écologiste Yannick Jadot lui a reproché son action « climaticide ».

Mis à jour le 19 janvier
Gaëlle GEOFFROY avec le service politique de l’AFP Agence France-Presse

Le débat qui a suivi le discours du président Macron pour marquer le début de la présidence française du Conseil de l’Union européenne s’est rapidement transformé en joute avec les eurodéputés français présents.

D’autant que s’ouvre désormais la période durant laquelle Emmanuel Macron, toujours pas candidat déclaré, pourrait franchir le pas, des responsables de la majorité ayant indiqué qu’il ne le ferait pas avant ce discours très attendu.

L’eurodéputé et président du Rassemblement national Jordan Bardella l’a accusé de « faire de l’Europe l’arrière-cour de Washington, la proie de Pékin, le paillasson d’Erdogan et l’hôtel de l’Afrique ». Emmanuel Macron a rétorqué que « ce n’est pas en disant méthodiquement n’importe quoi qu’on peut dire à la fin des vérités ».

Peu avant, en déroulant ses priorités pour une Europe ayant « les moyens de décider pour elle-même de son avenir », M. Macron avait mis en garde contre les attaques visant l’État de droit, et souligné la nécessité de « partout reconvaincre les peuples qui s’en sont éloignés ».

Zemmour dénonce le « gouvernement des juges »

« L’État de droit est devenu aujourd’hui le paravent du gouvernement des juges », a contre-attaqué le candidat Éric Zemmour, reprochant à Emmanuel Macron de vouloir « imposer les valeurs du progressisme occidental » à des pays comme la Pologne et la Hongrie.

PHOTO FRANCOIS LO PRESTI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Lors d'un événement à Calais, Éric Zemmour a reproché à Emmanuel Macron de vouloir « imposer les valeurs du progressisme occidental » à des pays comme la Pologne et la Hongrie.

« L’Union européenne est le plus grand échec de construction politique du siècle écoulé, à égalité avec l’URSS », a encore estimé le candidat du parti Reconquête ! qui a dû abréger un événement élecoral à Calais, perturbé par des militants de gauche.

Après ces anicroches, M. Zemmour a dénoncé la « collusion entre certains journalistes et l’extrême gauche », informée selon son entourage par « un journaliste identifié », contre qui le candidat entend déposer plainte.

« Ce qui dérange » Emmanuel Macron, c’est que ces pays de l’est de l’Europe « refusent les diktats bruxellois, l’immigration massive et l’activisme LGBT », a abondé le député européen du Rassemblement national Nicolas Bay. Rappelons que la cheffe du parti RN et candidate présidentielle, Marine Le Pen, veut inscrire la primauté du droit français sur le droit européen dans la Constitution.

L’écologiste Yannick Jadot, seul candidat à la présidentielle à siéger à Strasbourg, a étrillé le chef de l’État sur le terrain du climat : « Vous promouvez le gaz pour sauver un nucléaire condamné à la faillite » et « vous resterez dans l’Histoire comme le président de l’inaction climatique ».

M. Jadot tient en soirée une assemblée électorale à Strasbourg, de même que le candidat du parti La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui s’est dit « déçu » par l’intervention de M. Macron, « un discours usé d’un homme usé », « pauvre » dans le contenu, « au plan social inexistant et au plan climatique à peu près autant ».

Le débat au Parlement européen, plus long que prévu, a en revanche perturbé la planification d’Emmanuel Macron, qui a annulé la conférence de presse commune avec la présidente de l’hémicycle strasbourgeois, remplacée par une déclaration de deux minutes. Des journalistes ont quitté la salle en signe de protestation.