(Vienne) Deux mois à peine après sa démission de la chancellerie, Sebastian Kurz a annoncé jeudi quitter à 35 ans la vie politique, une chute aussi spectaculaire que son ascension et qui devrait par ricochets entraîner le départ de son successeur.

Mis à jour le 2 déc. 2021
Blaise GAUQUELIN Agence France-Presse

Alexander Schallenberg, qu’il avait désigné pour le remplacer en octobre, a fait savoir dans la soirée qu’il était « prêt à laisser son poste » au nouveau chef du parti conservateur ÖVP.

« Je suis fermement convaincu que les deux fonctions — chef du gouvernement et président du parti — devraient être de nouveau aux mains d’une même personne », a-t-il déclaré dans un communiqué.

PHOTO JOE KLAMAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Alexander Schallenberg.

Une réunion des instances de l’ÖVP est prévue vendredi. Le ministre de l’Intérieur Karl Nehammer fait figure de favori.

Sebastian Kurz avait quitté le pouvoir début octobre à la suite du lancement d’une enquête pour corruption à son encontre, tout en restant à la tête de sa formation dont il présidait aussi le groupe parlementaire.

Mais celui qui était présenté hier comme « l’enfant prodige » de la politique autrichienne a décidé de mettre fin à l’ensemble de ses mandats.  

« C’est un nouveau chapitre de ma vie qui s’ouvre aujourd’hui », a-t-il expliqué aux journalistes à Vienne, disant vouloir consacrer du temps à son fils Konstantin, né le week-end dernier.

Il a également évoqué un nouveau « défi professionnel » dans les mois à venir.

« Scandales en série »

« Cette décision n’a pas été facile à prendre, mais malgré tout, je ne ressens aucune amertume » a ajouté l’ex-chancelier.

Il a expliqué avoir été « usé » par les récentes accusations du parquet, qu’il rejette et qui ont « entamé son enthousiasme ». « Je ne suis ni un saint ni un criminel, je suis un être humain avec des forces et des faiblesses », a-t-il dit.

Le scandale a éclaté en octobre, lorsque plusieurs lieux, dont la chancellerie et le ministère des Finances, ont été perquisitionnés dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons de détournement de fonds publics entre 2016 et 2018.

Ce détournement présumé avait pour but de financer la parution de sondages falsifiés et une couverture médiatique élogieuse à l’égard de Sebastian Kurz dans les médias d’un influent groupe de presse autrichien, Österreich.  

En échange, ce dernier était récompensé via l’achat de lucratifs encarts publicitaires, selon les éléments du parquet.  

L’annonce jeudi de M. Kurz a par ailleurs provoqué la démission du ministre des Finances Gernot Blümel, un de ses fidèles qui est également mis en cause par la justice.

Sebastian Kurz était le plus jeune chef de gouvernement du monde quand il a accédé à la chancellerie à l’âge de 31 ans.

La coalition qu’il avait formée avec l’extrême droite s’était effondrée en 2019 lorsque son allié s’était retrouvé, déjà, au cœur d’une autre affaire de corruption.  

De nouvelles élections lui avaient permis de retrouver son poste jusqu’à sa démission en octobre.  

De l’extrême droite aux écolos

Né en 1986 d’un père technicien et d’une mère enseignante, le Viennois a connu avant cette chute brutale une carrière fulgurante.  

Il devient secrétaire d’État à seulement 24 ans, sans avoir achevé son cursus de droit. Il est ensuite nommé ministre des Affaires étrangères à 27 ans puis devient chancelier en 2017.

Il devait alors sa popularité jusqu’en Allemagne voisine à son opposition à l’accueil des réfugiés et à des promesses de baisses massives d’impôts pour les classes moyennes.  

La rafale de mesures anti-immigration votées sous son premier mandat et ses relations tendues avec les médias ou des pays comme la Turquie ont fait de lui une personnalité clivante.

Sebastian Kurz a certes toujours revendiqué ses convictions pro-européennes et pro-israéliennes. Mais il a rarement recadré le FPÖ, alors que les provocations xénophobes de l’extrême droite ont écorné l’image de l’Autriche en Europe et aux États-Unis.

En janvier 2020, il s’était allié aux Verts, une première pour sa famille politique.

Ces derniers excluent aujourd’hui de nouvelles élections, malgré des sondages en forte baisse pour la droite en manque d’incarnation et les pressions de l’opposition.

« Nous assurons la stabilité dans ce pays », a assuré jeudi le vice-chancelier écologiste Werner Kogler, alors que l’Autriche a dû se reconfiner face à la nouvelle vague épidémique de COVID-19.