(LondresÉdimbourg) Le bras de fer a commencé entre le gouvernement britannique du conservateur Boris Johnson et la première ministre écossaise, l’indépendantiste Nicola Sturgeon, qui le presse d’accorder un référendum d’autodétermination, forte de la victoire de son parti aux élections locales.

Pauline FROISSART Agence France-Presse

Boris Johnson, qui a le dernier mot pour autoriser ou non ce référendum, s’y oppose fermement. Si le Scottish national party (SNP) de Mme Sturgeon tente de légiférer pour obtenir un référendum mais que le gouvernement britannique ne coopère pas, le conflit pourrait se régler devant la justice.

« Ce serait absurde et complètement scandaleux », a déclaré Mme Sturgeon sur la BBC dimanche. Si cela arrive, « cela signifierait qu’un gouvernement conservateur a refusé de respecter la volonté démocratique du peuple écossais », a-t-elle averti.

Pour Boris Johnson, un référendum est « irresponsable ». Le dirigeant conservateur estime que la priorité est de s’attaquer à la reprise économique après la pandémie de coronavirus qui a fait plus de 127 000 morts au Royaume-Uni et mis le pays à genoux.

Il a invité Mme Sturgeon à « travailler ensemble » face à leurs « défis communs », la conviant à une réunion avec les autres chefs de gouvernements locaux.

Mardi, lors du traditionnel discours de la reine Élisabeth II, qui présentera au Parlement le programme de politique nationale du gouvernement, « nous irons plus loin pour unir [le pays] et passer à la vitesse supérieure », a annoncé le dirigeant conservateur sur Twitter.

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Le premier ministre britannique Boris Johnson

« Au lieu de se concentrer sur ce qui divise, concentrons nous sur ce qui unit », a appuyé Michael Gove, ministre chargé de coordonner l’action du gouvernement, interviewé dimanche sur SkyNews.  

« Choisir son avenir »

Nicola Sturgeon est d’accord sur un point avec Boris Johnson : la sortie de la pandémie est une priorité. Mais elle a déclaré dimanche à la BBC qu’« après la crise » elle comptait « donner au peuple écossais l’opportunité de choisir son propre avenir dans un référendum ».

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La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon

Une telle consultation s’est déjà produite en 2014. À l’époque, 55 % des Écossais avaient opté pour le maintien au sein du Royaume-Uni. S’appuyant sur ce vote récent, Boris Johnson soutient qu’un tel référendum ne peut se produire « qu’une fois par génération ».

Le SNP estime cependant que le Brexit a changé la donne, les Écossais s’y étant opposés à 62 %. L’objectif du SNP est que l’Écosse rejoigne l’Union européenne en tant qu’État indépendant.

Michael Gove a fait valoir qu’à la différence de l’élection locale de 2011 qui avait vu une large victoire des indépendantistes et conduit à organiser un référendum 3 ans plus tard, cette fois « le SNP n’a pas obtenu la majorité ». 

Le SNP a en effet manqué d’un siège la majorité absolue, obtenant 64 sièges sur les 129 du Parlement écossais, selon les résultats définitifs annoncés samedi, au surlendemain des élections. Toutefois, il peut s’allier aux verts, également en faveur d’une séparation du Royaume-Uni, qui ont obtenu huit sièges.

Le chef des conservateurs écossais, Douglas Ross, dont le parti a fait élire 31 députés, s’est félicité sur Twitter d’avoir « empêché une majorité SNP ».

Pour l’expert en élections John Curtice, « l’une des raisons » de l’objectif manqué des indépendantistes « est que les électeurs conservateurs et travaillistes, préoccupés par l’avenir du Royaume-Uni, se sont montrés disposés à voter tactiquement pour essayer d’empêcher le SNP indépendantiste de gagner localement ».

Pour ce professeur, « les élections ont révélé à quel point l’Écosse est divisée politiquement », a-t-il expliqué à la BBC.

Toutefois, le SNP peut s’allier aux verts, également en faveur d’une séparation du Royaume-Uni, qui ont obtenu huit sièges.

« Cela nous donne deux partis au Parlement qui soutiennent l’indépendance, qui prendront ce résultat comme un mandat pour un autre référendum. », a déclaré à l’AFP Lynn Bennie, du département de politique et de relations internationales de l’Université d’Aberdeen.

« Le problème c’est que le gouvernement conservateur à Westminster refusera à court terme. Nous avons donc ce débat sur une demande démocratique de référendum, mais cette position juridique qui empêche le référendum de se produire parce qu’en fin de compte, il appartient au gouvernement britannique de l’accorder », a ajouté Lynn Bennie, estimant « très difficile » de prédire la manière dont cela pourra se résoudre.