(Rome) L’incapacité de l’Italie à cibler avec sa campagne de vaccination anti-COVID-19 les personnes les plus vulnérables a coûté des milliers de vies, a estimé un expert de l’institut ISPI vendredi, au lendemain des critiques du premier ministre Mario Draghi contre les tricheurs.

Agence France-Presse

Après avoir été l’un des pays les plus touchés par la pandémie l’an dernier, l’Italie a lancé sa campagne de vaccination, mais n’a pas réussi à se concentrer exclusivement sur les groupes les plus à risque, à savoir les personnes âgées.  

Si elle s’en était tenue plus strictement au plan « idéal » de vaccination des personnes âgées, l’Italie aurait enregistré 8000 décès en moins cette année, selon l’expert Matteo Villa, chercheur de l’Institut des études de politique internationale (ISPI) à Milan.

Alors que 33 000 personnes sont mortes depuis début janvier, avec une vaccination plus ciblée, « ce chiffre aurait pu être de 25 000 », a-t-il assuré.

« Une stratégie déséquilibrée, les retards des régions et les tricheurs de la vaccination nous ont amenés là », a-t-il écrit sur son compte Twitter.  

Lors d’une conférence de presse jeudi soir, M. Draghi a averti les responsables des vingt régions italiennes qu’ils devaient améliorer la vaccination de leurs populations respectives s’ils voulaient la levée des mesures restrictives en vigueur, et s’en est pris à ceux qui se font vacciner sans faire partie des groupes prioritaires.  

Avec quelle conscience y a-t-il des gens qui sautent la liste d’attente pour essayer de se faire vacciner en premier, sachant que c’est ainsi que l’on expose au risque les personnes de plus de 75 ans ou présentant une certaine vulnérabilité et donc au danger réel de mourir ?

Le premier ministre italien Mario Draghi

Les données gouvernementales montrent que l’Italie a administré un total de 12 millions de vaccins à ce jour, dont 4,2 millions aux personnes âgées de 80 ans et plus et seulement 1,26 million aux septuagénaires.  

Par ailleurs, 3,1 millions de vaccins ont été administrés à du personnel sanitaire, un million à ceux de l’éducation et 2,4 millions à une catégorie floue définie comme « autres ».  

La mafia infiltre le système de santé

Cette semaine, le chef de la commission nationale antimafia s’est dit préoccupé par les taux élevés de vaccination de ce groupe « autres » dans les régions du sud qui luttent depuis longtemps contre l’infiltration de la mafia dans le système sanitaire et d’autres domaines publics.

Nicola Morra a ordonné à quatre régions — trois régions du sud, la Sicile, la Calabre et la Campanie, ainsi qu’au Val d’Aoste, dans le nord — de fournir des données sur les vaccinations et d’expliquer comment elles ont établi leurs priorités en la matière.

M. Draghi a pris ses fonctions en février en promettant d’intensifier la campagne de vaccination, après plus d’un an de pandémie qui a dévasté l’économie et fait près de 113 000 morts.  

Mais la campagne a pris du retard, en partie à cause de la pénurie d’approvisionnement, et en partie parce que les régions n’ont pas donné la priorité aux plus vulnérables.  

En Toscane, des avocats, y compris des trentenaires, ont été vaccinés avant la plupart des personnes âgées, tandis qu’en Lombardie, la région la plus touchée, un système de réservation défectueux a fait des ravages le mois dernier.