En France, on profite des derniers moments de liberté avant l’entrée en vigueur d’une nouvelle ronde de mesures anti-COVID

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Émilie n’a pas attendu la fin du discours. Dès qu’Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des écoles et des garderies pour trois semaines, elle s’est précipitée sur le site d’Airbnb.

Pour elle, pas question de rester à Paris.

« Vivre à trois dans 50 m2, avec un môme de 2 ans, ce n’est tout simplement pas possible, dit-elle. On avait besoin d’un plus grand espace. »

Avec son conjoint, elle a trouvé une maison en Bretagne « entre la campagne et la mer », histoire de supporter plus facilement les nouvelles mesures anti-COVID, annoncées mercredi soir par le président de la République.

Comme des millions de parents français, qui doivent concilier télétravail et enfants à temps plein à la maison, Émilie espère seulement que ces nouvelles règles ne se prolongeront pas au-delà du 26 avril, date fixée pour la réouverture des garderies.

On sait quand on part, mais on ne sait pas quand on revient.

Émilie

C’est la troisième fois, depuis le début de la pandémie, que la France est mise sous cloche. Bien que le confinement ne soit pas aussi strict que pour la première vague, ces nouvelles restrictions – qui comprennent couvre-feu, déplacements limités à 10 km, fermeture des écoles et des commerces non essentiels – causent bien des maux de tête à la population, qui ne cache plus sa lassitude devant la crise sanitaire qui s’étire.

« Jusqu’ici ça allait. Mais là, ça commence à être long », confie Bernard, un Québécois installé dans l’Hexagone depuis plusieurs années qui, comme les autres personnes interviewées, préférait taire son nom de famille.

C’est particulièrement vrai à Paris, où l’exiguïté des appartements provoque encore plus de surchauffe.

Comme Émilie et sa petite famille, ceux qui pouvaient se le permettre ont profité du long congé pascal pour quitter la ville, avant que les mesures ne soient appliquées pour de bon à partir de lundi soir.

Vendredi, les routes de France ont connu plus de 155 km d’embouteillage en Île-de-France (Paris et sa région). Dans les trains, la fréquentation était toutefois la moitié de celle d’un week-end de Pâques habituel, selon la Société nationale des chemins de fer français.

« Tout le monde s’en fout »

Au centre-ville, la police a commencé à serrer la vis dès samedi. Selon un communiqué de la préfecture, 6600 agents ont été déployés sur le terrain pour faire respecter les nouvelles mesures. Dans le viseur des autorités : regroupements, fêtes clandestines et consommation d’alcool sur la voie publique, interdite depuis jeudi.

Apparemment, les règles ont été plus ou moins suivies.

Si les contrôles se sont multipliés sur les quais de Seine, où beaucoup buvaient un verre au soleil, on était plus tolérants au canal de l’Ourcq, dans le 19e arrondissement.

« Il y avait un monde de dingue, mais je n’ai vu que deux policiers », raconte Fred, Parisien qui passera le prochain mois en ville. « Ils demandaient aux gens de ne pas boire. On a fait mine d’écouter. Dès qu’ils sont partis, on a ressorti les bières. »

Le beau temps qui régnait sur Paris n’est sans doute pas étranger à cette douce résistance. Mais, printemps ou pas, il semble que les consignes soient de toute façon moins suivies.

Même si les règles ont été clairement martelées par les autorités, la multiplication des messages – parfois contradictoires et variables selon les régions – a fini par créer de la confusion et de la saturation chez les Français, ce qui en incite certains à décrocher.

On a perdu le fil. Ça change tout le temps. On ne sait plus qui est concerné. Et puis, il y a un trop grand décalage entre le discours et la réalité. Le gouvernement est devenu inaudible.

Véronique, résidante du 12e arrondissement

Cette dernière a donc décidé de vivre « un peu comme avant ». Bien que prudente, elle ne s’empêchera pas de rencontrer des gens et de faire « un ou deux dîners par semaine », avec cinq ou six personnes, s’il le faut.

« De toute façon, tout le monde s’en fout, dit-elle. Ce n’est arrivé qu’une seule fois que quelqu’un ne vienne pas à une soirée à cause de la COVID-19. »

En France, les indicateurs continuent de se dégrader, avec 5273 personnes en réanimation samedi soir, dont 400 en 24 heures. Le ministre des Solidarités et de la Santé a estimé jeudi que le pic de la troisième vague pourrait être atteint « d’ici 7 à 10 jours ». L’Hexagone compte près de 97 000 morts depuis le début de la pandémie.

Bonne nouvelle malgré tout : à compter de mercredi, le vaccin américain de Pfizer-BioNTech sera produit sur le sol français. Plus de 250 millions de doses sont prévues d’ici la fin de l’année.

Ce sera le tout premier vaccin contre la COVID-19 fabriqué au pays de Pasteur.