Une religieuse aura le droit de vote au prochain synode des évêques, et une femme vient d’être nommée procureure à la Cour d’appel du Vatican. On est loin de l’ordination des femmes, mais ces nominations du pape François ainsi que deux changements administratifs en faveur des femmes ont été salués comme un « progrès » par des théologiens.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Une première »

« Si ça a beaucoup d’échos, c’est que ça rejoint les aspirations de beaucoup de chrétiens. » C’est ainsi que sœur Nathalie Becquart, qui vient d’être promue sous-secrétaire du synode des évêques, a commenté aux médias à Rome sa nomination, la semaine dernière. Le synode des évêques est l’assemblée des évêques du monde entier, qui se réunit occasionnellement. Le sous-secrétaire, numéro deux du synode, a le droit de vote. « Le vote d’une femme est une première au Vatican, rappelle Tom Reese, jésuite qui enseigne à l’Université de Santa Clara, en Californie. Avec la nomination de Catia Summaria comme procureure, c’est un symbole important de l’importance des femmes pour François. »

Diaconesses

L’un des changements administratifs imposés par le pape à la mi-janvier est la possibilité pour les femmes d’être « acolytes », un poste d’assistant aux diacres et aux prêtres durant la messe. Les diacres sont des laïcs qui peuvent prendre certaines fonctions sacramentelles des prêtres. « C’est l’étape avant le diaconat », explique Mary Gautier, chercheuse de l’Université Georgetown, qui a publié en 2017 une étude sur les catholiques américaines.

  • Mary Gautier

    PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’UNIVERSITÉ GEORGETOWN

    Mary Gautier

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François a envisagé de permettre les diaconesses en Amazonie pour pallier le manque de prêtres. Finalement, il a reculé, mais ça veut dire que ça s’en vient. Si vous m’aviez demandé il y a cinq ou dix ans si je verrais des diaconesses de mon vivant, je vous aurais dit non, mais maintenant, je pense que c’est possible.

Mary Gautier, chercheuse de l’Université Georgetown

Est-ce que cela va améliorer l’attrait de l’Église pour les femmes ? « Je ne pense pas, l’Église change trop lentement, dit Mme Gautier. Il y a 50 ans, après le concile Vatican II, on parlait de diaconesses, et on vient seulement d’ouvrir la fonction d’acolyte aux femmes. » Pense-t-elle que la prêtrise sera ouverte aux femmes durant le XXIe siècle ? « C’est très difficile à dire, il y a un désir en ce sens chez les fidèles en Occident, mais il y a une résistance dans les pays où le catholicisme est le plus en essor, où justement il manque de prêtres. »

Lectrices

L’autre changement administratif annoncé à la mi-janvier est la possibilité pour les femmes d’être lectrices de l’Évangile durant la messe. « C’est très répandu en Occident, mais techniquement, il faut une permission de l’évêque local, alors en Afrique et en Asie, ça ne se fait presque pas, dit le père Reese. Alors ça va avoir un impact important. »

Obstacle

L’un des obstacles importants à la progression subséquente des femmes dans l’Église est un concept appelé « juridiction », qui empêche un laïc de diriger des prêtres, selon Mme Gautier et le père Reese. « C’est pour cette raison qu’on ne peut pas avoir un laïc à la tête d’un dicastère, les ministères du Vatican, dit le père Reese. Ni un religieux qui n’est pas prêtre, d’ailleurs. Il y avait eu toute une controverse dans les années 60 sur la nomination d’un religieux non prêtre à la tête des Franciscains, parce que saint François d’Assise n’était pas prêtre. Finalement, on avait nommé un franciscain prêtre. Mais la théorie de la juridiction dans le droit canon est moins fortement ancrée dans la doctrine christique que l’idée qu’un prêtre, donc un évêque ou un pape, doive être un homme. Alors il y a de la place pour le changement. »

Une économe à Montréal

Appelé à commenter ces décisions du pape François, l’archevêque de Montréal, Christian Lépine, a parlé d’« évolution heureuse » et a souligné que l’économe du diocèse est depuis trois ans une femme. Cela est très rare, selon Mary Gautier. Laura Rochford, l’économe en question, n’a pas eu conscience de l’importance de sa nomination. « Mais par la suite, on m’a souvent dit que ça faisait du bien et du changement d’avoir une femme à la direction financière », dit Mme Rochford, qui a 56 ans.

PHOTO FOURNIE PAR LE DIOCÈSE DE MONTRÉAL

Laura Rochford

Sans généraliser, je crois que les femmes ont plus d’ouverture pour les autres façons de voir les choses, sont un peu plus créatives. Pour moi, ça n’a pas été difficile, j’ai travaillé en génie-conseil, j’étais souvent la seule femme dans le comité de direction.

Laura Rochford, économe du diocèse de Montréal

Étant donné que ce poste a signifié une baisse de salaire, la foi de Mme Rochford a-t-elle joué un rôle dans ce tournant dans sa carrière ? « Mon père était diacre, j’ai grandi dans la foi et dans l’Église, puis je m’en suis un peu éloignée comme beaucoup de gens à l’âge adulte. J’ai senti le besoin de redonner, d’être appelée à servir l’Église. » Pense-t-elle voir une femme prêtre de son vivant ? « Peut-être, il faudra voir comment l’Église évolue. Mais ce n’est pas une question que je me pose. »

En chiffres

47 %

Proportion des catholiques américaines qui estiment que les femmes sont peu ou pas impliquées dans les décisions de leur paroisse

SOURCE : Université Georgetown