(Bruxelles) Retards de la vaccination dans l’UE, faux pas sur les exportations vers l’Irlande du Nord : la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, dans la tourmente, a défendu mardi soir sa stratégie et assumé sa « responsabilité » face aux critiques.

Anne-Laure MONDESERT
Agence France-Presse

Lors d’une série d’auditions à huis clos devant les trois principaux groupes politiques du Parlement européen (S & D, PPE, Renew Europe), l’Allemande a répondu pendant près de quatre heures aux questions des eurodéputés.

En cause notamment, la marche arrière opérée la semaine dernière par l’exécutif de l’UE sur un mécanisme de contrôle des exportations de vaccins, qui devait initialement concerner l’Irlande du Nord.

Devant le tollé à Dublin, Belfast et Londres, la Commission a renoncé dans sa réglementation finale à déroger au protocole nord-irlandais difficilement négocié dans le cadre du Brexit, destiné à éviter le retour d’une frontière et de contrôles douaniers sur l’île d’Irlande.

Ursula von der Leyen avait admis une erreur, dans une interview à plusieurs journaux européens, dont Le Monde : « Quand vous prenez des décisions dans l’urgence — en cette année de crise, la Commission en a pris presque 900 —, il y a toujours un risque de rater quelque chose ».

Devant les eurodéputés, elle s’est dite « soulagée » qu’une solution ait été trouvée, tout en endossant « la responsabilité de ce qui se passe et se décide » à la Commission, selon des sources parlementaires ayant assisté à ces auditions.

La « guerre » des vaccins s’opère sur fond de Brexit : cette réglementation soumettant les vaccins à une autorisation d’exportation a été demandée par plusieurs capitales en raison de « forts soupçons » sur le fait que des doses produites dans l’UE et réservées pour le marché européen partaient vers le Royaume-Uni.

« Bourdes »

L’exécutif européen, qui a négocié les contrats avec les fabricants de vaccins au nom des 27 États membres et sécurisé plus de 2,2 milliards de doses-pour 450 millions d’Européens —, a aussi été critiqué pour avoir tardé à signer les contrats, pour n’avoir pas réservé assez de doses, pour le manque de transparence de ces accords…

Deux contrats sur les six signés au total ont été publiés, mais avec de nombreux passages noircis.  

Ursula von der Leyen a assuré partager les exigences de transparence exprimées par les eurodéputés, mais souligné que ces publications n’étaient possibles qu’avec l’accord des laboratoires pharmaceutiques concernés, selon les sources parlementaires.

Le groupe Renew Europe (centristes et libéraux) a demandé un débat en plénière en sa présence la semaine prochaine. Le groupe GUE/NGL (gauche radicale) a de son côté réclamé une commission d’enquête parlementaire sur la série de « bourdes » de l’exécutif européen.

Les retards de livraisons annoncés par Pfizer-BioNTech puis AstraZeneca ont encore accentué la pression sur la Commission, en première ligne face à des États membres eux-mêmes confrontés à l’impatience de leurs opinions publiques.  

Et ce alors que d’autres pays comme le Royaume-Uni, mais également les États-Unis et Israël, avancent plus vite dans la vaccination.

Ursula von der Leyen a, par sa communication, « créé une attente trop importante », « alors qu’on savait que tous les vaccins n’arriveraient pas en janvier », estime Eric Maurice, de la Fondation Robert Schuman.  

Mais c’est aussi un « bouc émissaire facile pour les États », selon lui : si la Commission ne s’était pas chargée de négocier pour les 27, il y aurait une compétition entre les États membres pour se procurer des vaccins « très déstabilisatrice pour l’UE ».

La cheffe de l’exécutif européen se voit par ailleurs reprocher ses méthodes : des sources internes pointent du doigt un manque de collégialité dans la prise de décision, un phénomène amplifié par la crise et l’urgence qu’elle induit, et un cabinet qui « travaille dans le secret ».

La position d’Ursula von der Leyen, arrivée à Bruxelles en 2019 avec le soutien de son pays et de la France, ne semble toutefois pas menacée.  

« Il en faudrait plus », selon Fabian Zuleeg, directeur général du think tank European Policy Centre. Et de rappeler que l’année dernière encore, « beaucoup de gens mettaient en avant les réussites » de l’Allemande sur le Pacte vert, sur le budget à long terme et le plan de relance de l’UE.

« Il y a eu des erreurs, maintenant Ursula von der Leyen doit prouver qu’elle est à la hauteur », juge Eric Maurice. « Il y a un démarrage difficile mais c’est trop tôt pour dire que le projet sur les vaccins a échoué ».