(Moscou) Les partisans d’Alexeï Navalny ont appelé à se réunir dimanche devant le siège des services de sécurité (FSB) à Moscou afin d’exiger la libération de l’opposant russe lors d’un deuxième week-end de protestations.

Agence France-Presse

Dans un message publié mardi sur Facebook, l’équipe de M. Navalny a annoncé un rassemblement à 12 h (3 h du matin, heure du Québec) à la fois devant la Loubianka, le quartier général du FSB (ex-KGB), et sur la place Staraïa, à une dizaine de minutes à pied.

« Puis nous irons défiler dans Moscou. Nous définirons notre trajet en fonction de la situation », a précisé cette source.

Des manifestants d’opposition se réunissent régulièrement devant la Loubianka — un symbole de la terreur stalinienne — où les services secrets soviétiques torturèrent et exécutèrent des milliers de personnes.

Plus récemment, Alexeï Navalny a accusé le FSB de l’avoir empoisonné fin août avec un agent neurotoxique, sur ordre du président Vladimir Poutine. Des accusations rejetées par le Kremlin.

Après une convalescence de cinq mois en Allemagne, l’opposant est rentré le 17 janvier en Russie où il a été immédiatement arrêté dans le cadre d’une des multiples procédures judiciaires le visant.  

M. Navalny doit ainsi comparaître, le 2 février, pour la violation présumée des termes d’une peine de trois ans et demi d’emprisonnement avec sursis datant de 2014, qui pourrait être convertie en prison ferme.

« À la Loubianka, il y a le FSB, les empoisonneurs. Et sur la place Staraïa, l’administration présidentielle qui décide si Navalny doit être enfermé ou libéré. Voilà pourquoi on s’adresse à eux », a affirmé mardi à l’AFP Léonid Volkov, un bras droit de M. Navalny.

Pour obtenir la libération de l’opposant, des milliers de personnes se sont réunies samedi à travers la Russie, notamment dans des villes d’ordinaire peu mobilisées.

Fort de ce succès, le mouvement de Navalny a appelé à manifester à nouveau le 31 janvier.

Lors de son premier appel téléphonique avec Vladimir Poutine depuis son arrivée à la présidence des États-Unis, Joe Biden lui a fait part de sa préoccupation au sujet de « l’empoisonnement » d’Alexeï Navalny.

Les pays du G7 ont de leur côté condamné le placement en détention pour des raisons « politiques » de l’opposant et réclamé sa « libération immédiate et inconditionnelle ».

Mardi, le Kremlin a quant à lui répété que les protestataires de samedi avaient enfreint la loi en participant à ces manifestations non autorisées. Selon le décompte de l’ONG spécialisée OVD-Info, près de 3900 d’entre eux ont été interpellés.

Le Comité d’enquête russe, chargé des principales investigations criminelles, a pour sa part indiqué que 20 affaires pénales, pour des actes passibles de lourdes peines, avaient été ouvertes.

Selon cette source, deux hommes sont accusés de « violences contre les forces de l’ordre » lors de la manifestation de Moscou, un crime passible de dix ans de prison.

Le premier est soupçonné d’avoir « frappé plusieurs fois à la tête » un policier, tandis que le second aurait « heurté » un agent avec son véhicule.

Après une vague de manifestations à Moscou en 2019, de telles enquêtes pour « violences » avaient abouti à des condamnations à plusieurs années de prison, malgré les protestations d’ONG qui dénonçaient des accusations largement exagérées.

Une alliée de l’opposant, Lioubov Sobol, a soutenu mardi que la contestation actuelle, causée par « l’illégalité et l’arbitraire touchant le pays », allait se poursuivre « car les Russes n’ont malheureusement pas d’autre outil pour faire valoir leurs droits ».  

Pour alimenter ce mouvement, l’équipe de Navalny a publié la semaine dernière une enquête anticorruption retentissante sur un somptueux palais qui aurait été édifié pour le président Poutine, ce que ce dernier a nié lundi.