(Bruxelles) Faut-il imposer le port du masque pour freiner la COVID-19 ? En Europe centrale, quatre pays sont déjà passés à l’acte…

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Bientôt le masque obligatoire ? La chose eût été impensable il y a encore un mois. Mais avec l’épidémie de coronavirus qui poursuit sa progression, de plus en plus de pays occidentaux songent à imposer cette mesure. Certains sont même déjà passés à l’acte.

Mercredi, l’Autriche est devenue le quatrième État européen à exiger le port du masque de protection, sous peine de sanctions. Le règlement ne concerne pour l’instant que les supermarchés. Mais en Slovénie, en Slovaquie et en République tchèque, où elle est en vigueur depuis plus d’une semaine, cette consigne s’applique en tout temps, dès que l’on sort de chez soi.

Les arguments pour le port du masque « grand public » (par opposition au masque médical spécialisé, comme le N95) ne font pas l’unanimité. L’OMS l’a déconseillé jusqu’ici pour les personnes non infectées. Certains pays, comme la France ou le Canada, ont statué de leur côté qu’il n’était pas vraiment efficace pour freiner l’épidémie.

Mais en République tchèque, où le masque est obligatoire depuis le 19 mars, on est persuadé du contraire.

Dans une vidéo officielle produite par les autorités tchèques à l’intention de l’étranger, une jeune femme explique que si le pays compte moins de morts qu’ailleurs (56, aux dernières nouvelles), c’est parce qu’il a imposé très rapidement le port du masque. « Des études prouvent que même un masque fait maison peut vous protéger partiellement », lance-t-elle sur une musique dramatique, avec Prague en arrière-plan.

> Regardez la vidéo produite par les autorités tchèques

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’ANDREJ BABIŠ

Le premier ministre de la République tchèque, Andrej Babiš

Question de bien montrer l’exemple, tous les leaders tchèques, à commencer par le premier ministre Andrej Babiš, ont commencé à porter des masques lors de leurs points de presse.

Dans un tweet daté du 29 mars, Babiš est allé plus loin : il a carrément exhorté Donald Trump à imposer le masque s’il souhaitait endiguer l’épidémie aux États-Unis.

« Monsieur le président, essayez de vous attaquer au virus à la manière tchèque. Chez nous, le masque est OBLIGATOIRE », écrit-il.

Étrangement, ce n’est pas le gouvernement tchèque qui a fourni les masques à la population. Les stocks de l’État étant insuffisants, ce sont les Tchèques eux-mêmes qui ont pris l’initiative de les fabriquer.

PHOTO FOURNIE PAR #MASKS4ALL

À la faveur du mouvement #masks4all, des milliers de petites mains se sont mises à coudre des masques et à les acccrocher gratuitement sur des arbres à masques.

À la faveur du mouvement #masks4all, lancé par l’influenceur Petr Ludwig, des milliers de petites mains se sont mises à coudre des masques et à les distribuer partout gratuitement. Des « arbres à masques » sont même apparus dans les rues, invitant les gens à cueillir ce drôle de fruit en fonction de leurs besoins.

C’est parti de la base pour se rendre vers le haut. C’est nous qui avons fait bouger les politiques. Avant même que le masque ne devienne obligatoire, le mouvement était déjà enclenché chez les citoyens.

Petr Ludwig, influenceur

Citant notamment une étude de l’Université de Cambridge, Ludwig répète que le masque de protection, même « alternatif », même « fait maison » (en coton), peut contribuer à freiner l’épidémie, même s’il protège moins efficacement que le masque médical professionnel comme le N95.

> Consultez l’étude de Cambridge

Il rappelle que plusieurs « tutoriels » sont publiés sur YouTube pour fabriquer ses propres masques, et que ceux-ci permettront de « prévenir les contagions d’au moins 72 %, parfois même plus ».

> Regardez un tutoriel pour confectionner un masque

Alors que la question se pose de façon plus pressante, il ne serait pas surprenant de voir d’autres pays adopter les mêmes mesures. Israël et la Zambie viennent d’emboîter le pas à la République tchèque. Les États-Unis songent à le recommander fortement, tandis qu’en France, l’Académie de médecine vient de se prononcer pour cette obligation.

Verra-t-on un jour François Legault porter le sien pendant un point de presse ? En ces temps incertains, rien n’est exclu…

Italie : plus de morts que l’on pense ?

Ç’a été, toutes proportions gardées, une « moins pire » semaine pour l’Italie. Le pays le plus touché d’Europe observe depuis quelques jours un certain ralentissement dans la propagation du coronavirus : vendredi, on n’enregistrait que 6 décès de plus que la veille, soit 766.

PHOTO FLAVIO LO SCALZO, REUTERS

Officiellement, l’Italie compterait quelque 14 000 victimes depuis le début de l’épidémie. Mais des experts avancent que le bilan pourrait être beaucoup plus lourd.

Officiellement, l’Italie compterait quelque 14 000 victimes depuis le début de l’épidémie. Mais des experts avancent que le bilan pourrait être beaucoup plus lourd, parce qu’il tient uniquement compte des morts à l’hôpital, et non des personnes mortes chez elles sans jamais avoir été testées.

Dans un gazouillis publié mercredi, le maire de Bergame, l’une des villes les plus touchées du pays, laisse entendre que le nombre de morts serait sans doute plus proche de 5000 que des 2000 répertoriés. « On ne le saura sans doute jamais, parce que les corps sont vite enterrés ou incinérés », observe Simone Dab, journaliste au Corriere della Sera.

En Italie, le confinement est en vigueur depuis le 7 mars et les écoles fermées depuis le 4. De chez lui, à Milan, Simone Dab confirme que l’impatience se fait sentir et que les tensions augmentent, notamment dans le sud, ou la pression sociale grandit.

Les gens n’ont plus envie de chanter de leur balcon comme au début de la quarantaine.

Simone Dab, journaliste au Corriere della Sera

Ceci expliquant peut-être cela, l’étau des restrictions semble se desserrer un peu sur la péninsule. Cette semaine, le gouvernement a annoncé qu’il était permis de prendre l’air avec son enfant, « ce qui n’était pas clair jusqu’ici », observe le journaliste. Pour le reste, la population continue de se plier aux consignes strictes de la quarantaine.

« Les Italiens n’ont pas un super historique pour ce qui est de suivre les règles et de faire confiance à ses dirigeants, convient Simone Dab. Mais il y a une partie de nous qui sait s’unifier quand les choses vont vraiment mal. Dans ces moments, on ne se dispute pas trop ! Tout ce qu’il nous reste à faire maintenant, c’est attendre. »

PHOTO PATRICIA DE MELO MOREIRA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Portugal ne compte pour l’instant que 200 morts et à peine 9000 cas de COVID-19, contre 10 000 morts et 110 000 cas chez son voisin espagnol.

L’exception portugaise

C’est un geste que d’autres pourraient imiter : alors que l’Europe continue de combattre l’épidémie, le Portugal a décidé de régulariser le statut des migrants en attente d’un titre de séjour. Cette mesure exceptionnelle et temporaire permettra aux plus démunis d’avoir accès aux soins de santé en cas d’infection. « Les immigrés ne devraient pas être privés de leurs droits à la santé simplement parce que leur demande n’a pas encore été traitée. Leurs droits doivent être garantis », a expliqué le ministère des Affaires intérieures. L’exception portugaise ne s’arrête pas là : le pays ne compte pour l’instant que 200 morts et à peine 9000 cas de COVID-19, contre 10 000 morts et 110 000 cas chez son voisin espagnol.

Sainte Corona, priez pour nous !

On ne voudrait pas tout ramener à la religion, mais… avez-vous songé à prier sainte Corona ? Cette figure chrétienne peu connue semble jouir d’une ferveur renouvelée : depuis le début de la crise du coronavirus, une rumeur en a fait la sainte patronne des épidémies.

Elle n’a pourtant du virus que le nom. Une courte recherche nous apprend que cette martyre chrétienne du IIe siècle était surtout associée aux problèmes de jeu ou d’argent. Les cultes pouvant être mouvants, rien n’exclut qu’elle change de vocation. Mais il faudra peut-être consulter saint Roch, considéré jusqu’ici comme le saint patron des épidémies.

Une basilique est dédiée à sainte Corona à Anzu, au nord de l’Italie, tandis que ses reliques sont conservées à la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne où, coïncidence, elles devaient être exposées pendant l’été…