(Cité du Vatican) C’est une première historique : seul sur le parvis désert de la basilique Saint-Pierre, le pape François a présidé vendredi une prière face à « la tempête » de la pandémie, exhortant le monde « apeuré et perdu » à revoir ses priorités et à renouer avec la foi.

Catherine MARCIANO
Agence France-Presse

« D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage ».

Sous une pluie drue résonnant sur les pavés de la place Saint-Pierre interdite d’accès, protégé par un auvent, le pape a ainsi dressé dans une homélie un terrifiant état des lieux de « la tempête » du coronavirus, qui a mis tout le monde dans « la même barque ».

Elle « démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas », a relevé le pape, dans un plaidoyer visant à relancer la foi endormie ou oubliée de nombreux catholiques.

Ceux qui sont avant tout chose « avides de gains », « de toute-puissance » et « de possessions » ne se sont « pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires », a-t-il regretté.

« Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade », a noté François, jugeant qu’il est temps de se « réorienter ».

PHOTO VINCENZO PINTO, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Urbi et Orbi » inédit

Même le réalisateur italien Paolo Sorrentino, auteur de deux séries très provocatrices campées au Vatican avec des hommes en blanc iconoclastes, n’avait pas imaginé un pape sans fidèles place Saint-Pierre.

Le chef des catholiques — 1,3 milliard de fidèles dans le monde — leur avait demandé de se joindre à lui durant une heure. Le portail internet du Saint-Siège avait mis en place des retransmissions en direct en huit langues, dont le chinois ou l’arabe, y ajoutant un canal avec la langue des signes, une nouveauté.

Le pape argentin a magnifié le dévouement « des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux » et qui « sont en train d’écrire aujourd’hui les événements décisifs de notre histoire ».

« Médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soins à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul », a énuméré François.

En temps normal, la bénédiction « Urbi et Orbi » (à la ville de Rome et au monde) se fait depuis la célèbre loggia du palais apostolique, uniquement à Noël et Pâques, temps forts du calendrier chrétien, ou à l’occasion de l’élection d’un pape. Elle est précédée d’un tour d’horizon des conflits de la planète.

Le pape avait choisi exceptionnellement de donner cette bénédiction vendredi après s’être concentré sur un seul adversaire, un virus qui a infecté plus d’un demi-million de personnes dans le monde dont plus de 26 000 sont décédées.

Reprendre la main

À la mi-mars, il s’était rendu en pèlerinage surprise dans deux églises de Rome, filmé à pied dans la principale artère d’une ville fantôme.

À l’une de ces églises, il a emprunté un « crucifix miraculeux » qui aurait sauvé Rome de la grande peste au XVIe siècle, placé vendredi devant la basilique Saint-Pierre.

« Au temps de la peste au Moyen Âge, l’Église était la seule présente sur la scène publique à travers les processions de prêtres qui devaient produire des miracles », rappelle le vaticaniste italien Marco Politi.

Or l’Église, même si elle opère en coulisses, s’avère grandement éclipsée dans la communication de crise sanitaire de pays de plus en plus sécularisés, donnant la parole aux médecins et aux élus. « Le pape a senti qu’il devait faire quelque chose », « reprendre une part de la scène et de l’imaginaire collectif », souligne Marco Politi.

À l’heure d’un strict confinement en Italie, les services de l’Église catholique universelle sont au ralenti.

Sur la santé du pape, qui a souffert d’un rhume avec toux en mars et serait entouré d’un strict cordon sanitaire, le Saint-Siège reste des plus discrets. Même si un prélat italien travaillant à la Secrétairerie d’État (gouvernement) et vivant dans sa résidence a été testé positif mercredi, selon des médias italiens.

Un religieux travaillant également à la Secrétairerie d’État vient aussi d’être contaminé, a rapporté vendredi le quotidien romain Il Messaggero, soulignant que les tests faits jusqu’ici sur le pape s’étaient tous avérés négatifs.