(Vienne) La Cour constitutionnelle autrichienne a jugé vendredi discriminatoire la loi interdisant aux fillettes de porter le voile dans les écoles maternelles et primaires, après la plainte déposée par les familles de deux enfants musulmans.

Agence France-Presse

La Cour a estimé que cette loi bafouait « la neutralité religieuse et l’égalité des sexes », selon un communiqué.

Au contraire, une telle interdiction peut pénaliser les écolières affectées, « car elle risque de rendre plus difficile leur accès à l’éducation ou de les exclure socialement », prévient-elle.

Pour tenter de se prémunir de telles accusations, le texte, adopté au printemps 2019, fait référence à « tout vêtement d’influence idéologique ou religieuse qui couvrirait la tête ».

Mais la coalition gouvernementale de l’époque, composée des conservateurs (ÖVP) du chancelier Sebastian Kurz et de l’extrême droite (FPÖ), avaient clairement dit viser le foulard islamique, quand d’autres signes religieux restent, eux, autorisés, comme la coiffe des hommes sikhs ou la kippa des juifs.

Il s’agit d’un camouflet pour M. Kurz qui souhaitait étendre cette mesure jusqu’à l’âge de 14 ans, contre 10 ans actuellement.

Le gouvernement a dit avoir « pris acte » de cette décision. « Je regrette que les jeunes filles n’aient pas la possibilité de se frayer un chemin dans un parcours scolaire libre de toute contrainte », a déclaré le ministre de l’Éducation Heinz Fassmann.

De son côté, le Conseil autrichien du culte musulman (IGGÖ) a salué l’annonce.

« L’IGGÖ est contre toute forme de coercition », a réagi l’organisation, disant désapprouver autant « le dénigrement » des femmes ne souhaitant pas porter le foulard que « la restriction de la liberté religieuse » de celles qui font le choix du hijab.

Satisfecit aussi des Libéraux du petit parti Neos, qui ont fustigé à l’occasion la stratégie « populiste » des conservateurs. « Cela aboutit à une mesure de l’ordre du symbole politique et inadaptée, qui ne saurait contribuer à une intégration réussie à long terme », ont-ils commenté.  

L’extrême droite autrichienne, à la tête du pays avec les conservateurs durant 18 mois, jusqu’en mai 2019, avait fait de la lutte contre l’immigration et l’islam radical ses priorités, multipliant les messages que ses opposants jugeaient stigmatisants pour l’ensemble des musulmans.

Plusieurs de ces mesures ont toutefois été retoquées, à l’instar d’un programme de déchéance de nationalité, qui visait des milliers de naturalisés d’origine turque.  

Bruxelles a aussi assigné l’Autriche en justice suite à l’indexation des prestations familiales sur le niveau de vie des pays de résidence des enfants bénéficiaires.