(Paris) Faire mieux, vite. L’Union européenne (UE), dont plusieurs pays étaient réunis mardi en mini-sommet, ont souligné la nécessité d’intensifier la lutte commune contre le terrorisme, peu après les récents attentats en France et en Autriche.

Didier LAURAS, Jérôme RIVET, Laurence BENHAMOU, et les bureaux de Berlin et Vienne
Agence France-Presse

Les Européens ont « besoin d’une réponse coordonnée et rapide », a déclaré le président français Emmanuel Macron en ouverture de la conférence de presse post-sommet, mentionnant « le développement de bases de données communes, les échanges d’information ou le renforcement des politiques pénales » ainsi qu’une « mise en œuvre complète et rigoureuse de l’arsenal de mesures » dont l’Europe s’est déjà dotée.

Les chefs d’État ont aussi insisté sur l’importance de renforcer les frontières extérieures de l’Europe pour préserver l’espace Schengen et sur la réactivité contre les contenus terroristes diffusés en ligne.

« Fort à faire »

« Nous avons encore fort à faire, il faut encore avancer sur trois domaines », a déclaré Ursula von der Leyen : la prévention, la protection des frontières extérieures, et « mettre en œuvre au plan opérationnel ».

Parmi les priorités figure la nécessité de « parachever » la mise en place du dispositif d’identification des passagers aériens PNR (passenger name record), adopté en 2016 mais incomplet dans son application.  

« Il est essentiel que ce dispositif soit pleinement mis en œuvre avec des bases de données rapidement reliées entre elles, car toute faille de sécurité à la frontière extérieure ou à l’intérieure des États membres est un risque de sécurité » pour l’ensemble d’entre eux, a-t-il expliqué.  

Menacée par des djihadistes, la France entendait mobiliser les Européens contre le terrorisme islamiste. Emmanuel Macron compte présenter de premières propositions en ce sens au Conseil européen du 10 décembre, avec l’objectif « d’aboutir sous la présidence française » au premier semestre 2022.

La rencontre de mardi, entamée par un déjeuner à l’Élysée entre M. Macron et le chancelier autrichien Sebastian Kurz, s’est poursuivie par un mini-sommet virtuel avec la chancelière Angela Merkel à Berlin et le premier ministre néerlandais Mark Rutte à La Haye, ainsi qu’à Bruxelles le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.  

En toile de fond planaient l’attentat djihadiste de Vienne il y a une semaine, et en France celui de Nice ainsi que la décapitation de l’enseignant Samuel Paty en octobre.

« Le danger demeure parmi nous en permanence », a estimé le chancelier Kurz. « Nous avons des milliers de combattants terroristes étrangers qui ont soit survécu aux combats en Syrie, en Irak pour (le groupe djihadiste) État islamique et sont revenus, soit qui n’ont pas pu partir parce qu’ils ont été arrêtés ».

« Ce sont des bombes à retardement », a-t-il martelé. « Nous devons adopter une approche plus solide face aux menaces qui pèsent sur l’Europe ».  

Internet et Schengen dans le viseur

Les participants ont évoqué notamment l’urgence d’agir contre la haine en ligne, pointée du doigt en particulier en France au moment de l’assassinat de Samuel Paty, tué pour avoir montré à ses élèves les caricatures du prophète Mahomet.  

« Internet est un espace de liberté, nos réseaux sociaux aussi, mais cette liberté n’existe que s’il y a une sécurité et que si elle n’est pas le refuge de ceux qui bafouent nos valeurs ou cherchent à endoctriner avec des idéologies mortifères », a estimé le président Macron.  

« Le règlement sur le retrait des contenus terroristes d’internet, dans un délai d’une heure, doit être absolument adopté dans les semaines à venir », a-t-il ajouté, soutenant également « la volonté de la commission de proposer début décembre une nouvelle législation pour lutter contre la diffusion des discours de haine, la directive dite DSA ».  

L’autre grand axe des discussions aura porté sur l’espace Schengen et la sécurité des frontières extérieures de l’Union.  

Mark Rutte, premier ministre néerlandais, a ainsi salué la « particularité » de cet espace au sein duquel les hommes et les biens circulent librement. « Mais nous ne pouvons le préserver que si nous nous concentrons urgemment, urgemment, sur les frontières extérieures », a-t-il estimé.  

« Il est urgent et crucial de savoir qui entre et qui sort », a renchérit la chancelière allemande Angela Merkel.

Emmanuel Macron a par ailleurs dénoncé « le dévoiement du droit d’asile » dans de nombreux pays européens. Un droit selon lui utilisé « par des trafiquants », des « réseaux » ou des personnes « venant de pays qui ne sont pas en guerre ».